Jean Chrétien
Joseph Jacques Jean Chrétien, connu sous le nom de Jean Chrétien, a été le 20e premier ministre du Canada de 1993 à 2003. Avocat originaire de Shawinigan, au Québec, il a mené le Parti libéral à trois gouvernements majoritaires consécutifs, supervisant une période de réforme fiscale importante et de défis pour l'unité nationale. Son mandat a été marqué par l'élimination du déficit fédéral, la Loi sur la clarté référendaire et un rôle de premier plan dans des initiatives humanitaires internationales comme le Traité d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel. Chrétien demeure une figure marquante de l'histoire politique canadienne et, en 2026, il est l'ancien premier ministre le plus âgé du pays.
Jeunesse et formation
Jean Chrétien est né le 11 janvier 1934 à Shawinigan Falls, au Québec, 18e d'une famille de 19 enfants issue de la classe ouvrière et libérale. Dix de ses frères et sœurs n'ont pas survécu à la petite enfance, et la famille a connu des difficultés économiques. Son père, Wellie Chrétien, était un libéral et un nationaliste canadien convaincu dont le soutien à la conscription pendant la Seconde Guerre mondiale a marginalisé la famille dans un Québec largement opposé à l'effort de guerre. Chrétien a été éduqué dans le système scolaire catholique de la province, fréquentant une école privée pour garçons à Joliette et le Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. Il a ensuite étudié le droit à l'Université Laval, obtenant son diplôme et étant admis au Barreau du Québec en 1958. À Laval, il s'est impliqué dans les Jeunes libéraux, devenant éventuellement président, et a assisté au congrès libéral de 1958 qui a choisi Lester B. Pearson comme chef.
Chrétien a plus tard mis en avant ses origines modestes, se surnommant lui-même « le petit gars de Shawinigan ». Une crise de paralysie faciale de Bell contractée dans son enfance a laissé le côté gauche de son visage partiellement paralysé, et il est également sourd de l'oreille droite. Chrétien a épousé Aline Chaîné le 10 septembre 1957. Ils ont eu trois enfants : France (née en 1958), Hubert (né en 1965) et Michel (né en 1968), qui a été adopté en 1970. Reflétant les tensions politiques et religieuses de l'époque, le curé local de Shawinigan, le père Auger, a refusé de marier le couple dans son église en raison des affiliations libérales de la famille. Sa fille, France Chrétien Desmarais, est avocate et mariée à André Desmarais, président et co-PDG de Power Corporation. Son frère est le chercheur en neuroendocrinologie Michel Chrétien.

Entrée en politique et rôles au cabinet
Après avoir pratiqué le droit dans un cabinet de Shawinigan, Jean Chrétien a été élu pour la première fois à la Chambre des communes lors de l'élection de 1963, représentant la circonscription de Saint-Maurice–Laflèche, plus tard renommée Saint-Maurice. Il a représenté ce comté de Shawinigan pendant 41 ans, à l'exception de huit ans. Sa carrière précoce a inclus un bref passage comme secrétaire parlementaire du premier ministre Lester B. Pearson et un rôle plus substantiel comme secrétaire parlementaire du ministre des Finances Mitchell Sharp, qui est devenu son mentor. Chrétien a d'abord joint le cabinet comme ministre sans portefeuille en avril 1967, suivi d'une nomination comme ministre du Revenu national en janvier 1968. Après que Pierre Trudeau est devenu premier ministre et a remporté une majorité lors de l'élection de 1968, il a nommé Chrétien ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien. Dans ce rôle, Chrétien a présenté le controversé Livre blanc de 1969, qui proposait d'abolir la Loi sur les Indiens et les traités, une politique largement rejetée par les groupes des Premières Nations et ultérieurement abandonnée.
Durant la Crise d'octobre de 1970, Chrétien a été un fervent défenseur de l'invocation de la Loi sur les mesures de guerre. Il a occupé plusieurs autres postes importants au cabinet sous Trudeau. Il a été nommé président du Conseil du Trésor en 1974, où il a gagné le surnom de « Docteur Non » pour son refus catégorique des demandes de dépenses. En 1976, il est devenu ministre de l'Industrie et du Commerce. Sa promotion la plus importante est survenue en 1977 lorsqu'il a succédé à Donald MacDonald comme ministre des Finances, devenant le premier francophone à occuper ce poste. Durant son passage aux Finances, Trudeau l'a largement exclu de l'élaboration des politiques. En 1980, Trudeau a nommé Chrétien ministre de la Justice et procureur général. Dans ce rôle, il a été une force majeure lors du référendum de 1980 au Québec et a joué un rôle significatif dans le rapatriement de la Constitution du Canada en 1982, incluant la négociation de l'« Accord de la cuisine » qui a mené à l'accord de neuf provinces.
Ascension vers la direction du parti et le poste de premier ministre
L'ascension de Jean Chrétien à la direction du Parti libéral n'a pas été immédiate. Il s'est d'abord présenté à la direction du parti en 1984, se classant deuxième derrière John Turner. Il a ensuite servi comme vice-premier ministre dans le gouvernement éphémère de Turner, qui a été défait par les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney plus tard la même année. En raison de tensions avec Turner, Chrétien a brièvement quitté la politique en 1986 pour travailler dans le secteur privé. Suite à une autre défaite libérale lors de l'élection de 1988, il est revenu en politique et a remporté avec succès la direction du Parti libéral en 1990, devenant chef de l'Opposition officielle. Chrétien a mené les libéraux à l'élection fédérale de 1993, capitalisant sur le mécontentement public envers le gouvernement conservateur. Sa campagne a mis l'accent sur son expérience et sa persona de « petit gars de Shawinigan ».
La victoire libérale de 1993 a décimé le Parti progressiste-conservateur, qui a été réduit à seulement deux sièges. Chrétien est devenu premier ministre le 4 novembre 1993, alors que le Canada faisait face à une grave crise de la dette et du déficit. Il a mené les libéraux à deux gouvernements majoritaires supplémentaires lors des élections de 1997 et 2000. Sa force politique était ancrée dans une approche centriste de la « Troisième voie » qui combinait la rigueur budgétaire avec des dépenses sociales ciblées.

Politique intérieure et initiatives majeures
En prenant le pouvoir, la tâche la plus urgente du gouvernement Chrétien était de s'attaquer au déficit budgétaire insoutenable du pays. Le budget de 1995 du ministre des Finances Paul Martin a introduit des mesures d'austérité sévères, réduisant drastiquement les dépenses de programmes et réformant les transferts aux provinces. Ces politiques ont réussi à éliminer le déficit d'ici 1997, produisant le premier excédent budgétaire du Canada en près de trois décennies. Les excédents subséquents ont été utilisés pour financer des réductions d'impôt et rembourser la dette nationale. Dans la sphère de l'unité nationale, Chrétien était un fédéraliste convaincu qui a fait campagne pour le camp du « Non » lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, que les fédéralistes ont remporté de justesse. En réponse, son gouvernement a lancé le programme des commandites fédérales pour promouvoir l'unité canadienne au Québec et, en 2000, a fait adopter la Loi sur la clarté référendaire. Cette loi a établi les conditions pour tout futur référendum sur la sécession, exigeant une question claire et une majorité claire pour entamer des négociations.
Le gouvernement Chrétien a adopté plusieurs autres politiques intérieures importantes. Il a introduit le registre des armes d'épaule par la Loi sur les armes à feu de 1995, privatisé le Canadien National en 1995 et encouragé l'adoption de la taxe de vente harmonisée (TVH) par les provinces. Après l'élection de 2000, le gouvernement a supervisé l'Opération Ruban jaune, la réponse canadienne aux attentats terroristes du 11 septembre. Il a également adopté la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents en 2002 et a entamé le processus qui mènerait plus tard à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Le gouvernement a signé le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques en 1997. Une série de lois environnementales majeures a également été adoptée, incluant la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, la Loi sur les aires marines nationales de conservation, la Loi sur les produits antiparasitaires et la Loi sur les espèces en péril.
- Politique fiscale : Les budgets d'austérité ont éliminé le déficit d'ici 1997, menant à des excédents consécutifs utilisés pour la réduction de la dette et les baisses d'impôt.
- Unité nationale : A dirigé la campagne fédéraliste lors du référendum de 1995 au Québec, faisant adopter plus tard la Loi sur la clarté référendaire (2000).
- Justice : A introduit le registre des armes d'épaule (1995) et la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (2002).
- Réformes économiques : A privatisé le Canadien National (1995) et a encouragé la taxe de vente harmonisée.
- Politique sociale : A jeté les bases de la légalisation du mariage entre personnes de même sexe et a créé la Prestation nationale pour enfants.
Politique étrangère et leadership international
La politique étrangère de Jean Chrétien était caractérisée par un engagement envers le multilatéralisme et les initiatives humanitaires. Son gouvernement a joué un rôle de premier plan dans la négociation du Traité d'Ottawa, officiellement connu sous le nom de Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, qui a été signé en 1997. Cet accord historique visait à interdire l'utilisation, la production, le stockage et le transfert des mines terrestres dans le monde. Son gouvernement a également signé le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques en 1997 et a soutenu la création de la Cour pénale internationale par le Statut de Rome. Chrétien a défendu la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté des États, dont les travaux ont contribué au développement de la doctrine de la responsabilité de protéger (R2P).
Cependant, il a notamment refusé d'engager le Canada dans l'invasion de l'Irak menée par les États-Unis en 2003, une décision populaire au pays mais qui a tendu les relations avec l'administration américaine. Lors du Sommet du G8 de 2002 à Kananaskis, il a mené un engagement de 1 milliard de dollars pour s'attaquer aux matières nucléaires dans l'ex-Union soviétique. Son gouvernement a également contribué à établir le Système de certification du processus de Kimberley en 2003 pour mettre fin au commerce des diamants de la guerre. En 1999, Chrétien a soutenu l'implication du Canada dans la campagne de bombardement de l'OTAN contre la Yougoslavie au Kosovo. Il a dirigé quatre missions commerciales « Équipe Canada » en Chine pour promouvoir les relations économiques. En septembre 2026, Chrétien a prononcé un discours lors d'une cérémonie de commémoration du 11 septembre à Gander, Terre-Neuve.

Controverses et lutte pour le leadership
Malgré ses succès électoraux, le mandat de Jean Chrétien a été entaché par plusieurs controverses et une scission interne au parti. Il a été accusé de conflit d'intérêts dans l'affaire « Shawinigate », qui impliquait un prêt à un homme d'affaires de Shawinigan, bien qu'il ait nié toute inconduite. Un scandale plus dommageable est survenu après son départ : le scandale des commandites, qui impliquait le détournement de fonds publics destinés à promouvoir l'unité nationale au Québec. Une enquête publique a trouvé des preuves de corruption au sein du programme, bien qu'elle n'ait pas jugé Chrétien personnellement responsable. Le défi le plus important à son leadership est venu de l'intérieur de son propre parti, mené par son ministre des Finances et rival de longue date, Paul Martin. Une lutte prolongée et publique pour le contrôle du Parti libéral a créé de profondes divisions.
La faction pro-Martin au sein du parti est devenue de plus en plus puissante, et d'ici 2002, il était clair que l'emprise de Chrétien sur le leadership était ténue. Face à la menace de perdre un examen du leadership et sous pression constante, Chrétien a annoncé en 2002 qu'il ne mènerait pas le parti à la prochaine élection. Il a démissionné de son poste de premier ministre le 12 décembre 2003 et a pris sa retraite de la politique, cédant le pouvoir à Paul Martin. Ce conflit interne a considérablement affaibli le Parti libéral dans les années suivantes.
Vie après la politique et reconnaissance
Depuis son départ, Jean Chrétien est demeuré actif dans la vie publique. Il est retourné à la pratique du droit et a servi comme conseiller au cabinet d'avocats international Dentons depuis 2014. Il a également été un conférencier et un commentateur fréquent, et en juillet 2026, il a appuyé la candidature de Mark Sutcliffe à sa réélection comme maire d'Ottawa lors d'un événement de campagne. Son travail a été reconnu par de nombreux prix et honneurs. Il a reçu des doctorats honorifiques de plusieurs universités. Il a été nommé Compagnon de l'Ordre du Canada en 2007 et nommé à l'Ordre du mérite par la reine Elizabeth II en 2009. Comme le note la citation du prix du Prix de leadership humanitaire de l'IPA 2026, son héritage dans l'avancement de la sécurité humaine et du droit humanitaire international continue d'être célébré.
La place de Chrétien dans l'histoire canadienne est significative. Il est le cinquième premier ministre ayant servi le plus longtemps dans l'histoire du Canada. Les classements historiques des premiers ministres le placent souvent dans le haut du classement. En 2026, à 92 ans, il détient la distinction d'être l'ancien premier ministre le plus âgé du Canada. Ses mémoires, « Mes années comme premier ministre », et d'autres écrits ont contribué au dossier historique de son passage au pouvoir.
- Carrière juridique : Conseiller au cabinet Dentons depuis 2014.
- Activité politique : A appuyé la candidature du maire d'Ottawa Mark Sutcliffe en 2026.
- Prix : Récipiendaire du Prix de leadership humanitaire de l'IPA 2026, Compagnon de l'Ordre du Canada (2007), Ordre du mérite (2009).
- Reconnaissance académique : Doctorat honorifique en droit de l'Université de Toronto (2026) et de nombreuses autres universités.
- Statut historique : Cinquième premier ministre canadien ayant servi le plus longtemps. Ancien premier ministre le plus âgé (en 2026).
Bilan électoral comme premier ministre
Jean Chrétien a mené le Parti libéral à travers trois élections fédérales, obtenant un gouvernement majoritaire à chaque fois. Sa première victoire en 1993 a été un raz-de-marée qui a fondamentalement remodelé le système partisan au Canada. Le résultat de l'élection de 1993 a été particulièrement dramatique, réduisant le gouvernement progressiste-conservateur à seulement deux sièges à la Chambre des communes. L'élection de 1997 a vu une majorité réduite, le Parti réformiste devenant l'Opposition officielle. Lors de l'élection de 2000, Chrétien a regagné du terrain, augmentant le nombre de sièges libéraux. Ce succès électoral constant a fourni à son gouvernement la stabilité nécessaire pour mettre en œuvre son ambitieux programme fiscal et législatif pendant une décennie complète au pouvoir.
Jean Chrétien : questions fréquentes
Combien de temps Jean Chrétien a-t-il été premier ministre du Canada ?
Jean Chrétien a été premier ministre du Canada pendant un peu plus de dix ans, du 4 novembre 1993 au 12 décembre 2003. Il a remporté trois gouvernements majoritaires consécutifs lors des élections fédérales de 1993, 1997 et 2000. Cela fait de lui le cinquième premier ministre ayant servi le plus longtemps dans l'histoire du Canada.
Pour quoi Jean Chrétien est-il connu ?
Jean Chrétien est surtout connu pour avoir éliminé le déficit budgétaire fédéral dans les années 1990 grâce à des mesures d'austérité. Il est également connu pour sa position ferme sur l'unité canadienne lors du référendum de 1995 au Québec et pour avoir fait adopter la Loi sur la clarté référendaire. Sur le plan international, il est célébré pour le leadership du Canada dans la création du Traité d'Ottawa pour interdire les mines antipersonnel et pour avoir refusé la participation canadienne à la guerre en Irak de 2003.
Qu'est-ce que le scandale des commandites ?
Le scandale des commandites était une controverse impliquant un programme fédéral créé pour promouvoir l'unité canadienne au Québec après le référendum de 1995. Une enquête publique a révélé que des millions de dollars avaient été acheminés vers des agences de publicité liées aux libéraux pour peu ou pas de travail. Le scandale est survenu après le départ de Chrétien et a contribué à la perte du pouvoir du Parti libéral en 2006.
Jean Chrétien est-il toujours en vie ?
Oui, Jean Chrétien est toujours en vie. En 2026, il est l'ancien premier ministre le plus âgé du Canada. Il est né le 11 janvier 1934. Chrétien demeure actif dans la vie publique, ayant subi une chirurgie cardiaque en 2025.
Qu'a fait la Loi sur la clarté référendaire ?
La Loi sur la clarté référendaire a établi des conditions légales pour tout futur référendum sur la sécession du Québec. Elle exige que toute question référendaire soit claire et qu'une majorité claire vote en faveur de la sécession pour que le gouvernement fédéral entreprenne des négociations. La loi a été adoptée par le gouvernement Chrétien en 2000 en réponse à la victoire étroite des fédéralistes lors du référendum de 1995 au Québec.
Quels prix Jean Chrétien a-t-il reçus ?
Jean Chrétien a reçu de nombreux prix. Il est le récipiendaire du Prix de leadership humanitaire de l'IPA 2026. Il a été nommé Compagnon de l'Ordre du Canada en 2007 et à l'Ordre du mérite par la reine Elizabeth II en 2009. Il a également reçu de nombreux doctorats honorifiques d'universités, dont un doctorat en droit de l'Université de Toronto en 2026.
Sources et lectures complémentaires
- Jean Chrétien (Wikipédia, en anglais)
- Former PM latest to pledge support for candidate in Ottawa ... (cbc.ca)
- Right Hon. Jean Chrétien (internationalpeacefestival.net)
- The Right Honourable Jean Chrétien, Senate (carleton.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-18.





