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vendredi 23 octobre 2026 Actualités et politique nationales

Pierre Trudeau

Joseph Philippe Pierre Yves Elliott Trudeau a été le 15e premier ministre du Canada, en poste de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984. Figure dominante de la politique canadienne, son mandat a été marqué par le rapatriement de la Constitution, la création de la Charte canadienne des droits et libertés, et la promotion du bilinguisme officiel et du multiculturalisme. Ses politiques, notamment le Programme énergétique national, ont aussi généré des tensions régionales, particulièrement dans l'Ouest canadien. Ses 15 ans et 164 jours au pouvoir en font le troisième premier ministre ayant exercé le plus long mandat de l'histoire du Canada.

Jeunesse et formation

Pierre Trudeau est né à domicile à Outremont, au Québec, le 18 octobre 1919, de Charles-Émile Trudeau, un homme d'affaires et avocat francophone prospère, et de Grace Elliott, d'ascendance écossaise et canadienne-française. Il avait une sœur aînée, Suzette, et un frère cadet, Charles Jr. L'empire commercial de son père, qui comprenait la chaîne de stations-service B&A, des mines, le parc d'attractions Belmont et l'équipe de baseball des Royaux de Montréal, assurait une grande richesse. À la mort de son père en 1935, le jeune Trudeau hérita de 5 000 $, ce qui lui garantit une indépendance financière. De six à douze ans, il fréquente l'école primaire bilingue et catholique Académie Querbes, où il excelle en mathématiques et en religion et devient parfaitement bilingue. Il poursuit ensuite ses études secondaires au prestigieux collège jésuite francophone Jean-de-Brébeuf, obtenant son diplôme en 1940 après avoir remporté de nombreux prix académiques. Il postule pour une bourse Rhodes en dernière année, sans succès.

Trudeau commence des études de droit à l'Université de Montréal en 1940. Ses premières opinions sur la Seconde Guerre mondiale sont façonnées par le sentiment isolationniste et anticonscriptionniste alors prévalant au Québec. Il s'oppose à la conscription pour le service outre-mer et, en 1942, fait campagne pour le candidat anticonscriptionniste Jean Drapeau. Étudiant à l'université, il s'enrôle dans le Corps-école des officiers canadiens. Il obtient son diplôme en droit en 1943, fait un stage d'un an, puis s'installe aux États-Unis à la fin de 1944 pour entreprendre une maîtrise en économie politique à l'Université Harvard. C'est à Harvard, écrira-t-il plus tard, qu'il a compris l'importance historique de la guerre.

Beny-sur-Mer Canadian War Cemetery ceremony, Normandy France
Photo : 541pigeon / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Formation intellectuelle et débuts de carrière

Après Harvard, Trudeau poursuit ses études à Paris à l'Institut d'Études Politiques de Paris en 1947, puis s'inscrit brièvement à un programme de doctorat à la London School of Economics sous la direction de l'économiste socialiste Harold Laski. Ces expériences renforcent sa conviction que l'économie keynésienne et les sciences sociales sont des fondements essentiels d'une société démocratique, et il est influencé par la philosophie du personnalisme. À la mi-1948, à 28 ans, il entame une période de voyages approfondis à travers le monde, visitant la Pologne, où il voit Auschwitz, et parcourant l'Europe de l'Est, le Moyen-Orient et l'Asie. Il revient à Montréal en 1949 avec une perspective élargie, horrifié par le nationalisme étroit et le régime autoritaire du premier ministre québécois Maurice Duplessis. Il devient rapidement un opposant intellectuel de premier plan au régime Duplessis, cofondant et dirigeant la revue dissidente Cité Libre en 1950, qui fournit une base intellectuelle à la Révolution tranquille. En 1956, il dirige la publication de l'ouvrage influent La grève de l'amiante, soutenant que la grève des mineurs d'amiante de 1949 fut un événement fondateur de l'histoire du Québec.

Mis à l'index de l'enseignement à l'Université de Montréal en raison de son militantisme syndical, Trudeau s'installe à Ottawa en 1949 pour travailler comme conseiller en politique économique au Bureau du Conseil privé sous le premier ministre Louis St-Laurent. Tout au long des années 1950, ses valeurs progressistes l'amènent à soutenir et à être membre de la Fédération du Commonwealth coopératif, un parti social-démocrate. Il finit par devenir professeur agrégé de droit à l'Université de Montréal de 1961 à 1965, période durant laquelle ses opinions évoluent vers une position libérale privilégiant les droits individuels face au pouvoir de l'État et au nationalisme québécois.

Vidéo : The Return of Pierre Trudeau, "This is the single most difficult decision I've ever made", 1979 (CBC, YouTube)

Entrée en politique fédérale et Trudeaumanie

En 1965, Trudeau, avec ses amis Gérard Pelletier et Jean Marchand, rejoint le Parti libéral. Surnommés les « trois colombes », ils se présentent aux élections de 1965, Trudeau remportant la circonscription libérale sûre de Mount Royal à Montréal, un siège qu'il conservera jusqu'en 1984. Il est rapidement nommé secrétaire parlementaire du premier ministre Lester B. Pearson. En 1967, Pearson le nomme ministre de la Justice et procureur général. Dans ce rôle, Trudeau présente la loi omnibus historique modifiant le Code criminel, qui comprend des dispositions pour décriminaliser les actes homosexuels entre adultes consentants et libéraliser les lois sur le divorce, l'avortement et la contraception. Sa personnalité charismatique, combinée à ces réformes progressistes, captive l'imaginaire national, déclenchant un phénomène surnommé la « Trudeaumanie ». Cette vague de popularité le propulse à la victoire lors du congrès à la direction libérale de 1968, succédant à Pearson et devenant premier ministre le 20 avril 1968.

Le bilan électoral de Trudeau comme chef libéral et premier ministre est remarquable par sa longévité. Il mène le parti à quatre victoires générales : une majorité en 1968, un gouvernement minoritaire en 1972, une majorité retrouvée en 1974, et une dernière victoire majoritaire en 1980 après un bref passage dans l'opposition. Il perd de justesse l'élection de 1979 face aux progressistes-conservateurs de Joe Clark, servant comme chef de l'opposition officielle pendant neuf mois avant de remporter l'élection de 1980. Avec un mandat total de 15 ans et 164 jours, il est le troisième premier ministre ayant exercé le plus long mandat de l'histoire du Canada, derrière John A. Macdonald et William Lyon Mackenzie King.

Canadian Prime Minister Pierre Trudeau with President Jimmy Carter in the Oval Office., 9/9/1977. (TECHNICAL NOTE: Cropped and color correct
Photo : Series: Jimmy Carter's Presidential Photographs , 1/20/1977 / Wikimedia Commons (domaine public)

Politique intérieure et héritage constitutionnel

L'agenda intérieur de Trudeau était ambitieux et vaste, axé sur le renforcement de l'autorité fédérale et la définition d'une identité canadienne moderne. Un élément central fut la promotion du bilinguisme officiel et du multiculturalisme comme politiques d'État, visant à favoriser l'unité nationale. Son gouvernement a créé Petro-Canada comme société pétrolière nationale et, en réponse à la crise énergétique des années 1970, a lancé en 1980 le controversé Programme énergétique national. Ce programme, conçu pour accroître le contrôle canadien sur l'industrie pétrolière et redistribuer la richesse, a généré un ressentiment intense en Alberta et dans d'autres provinces de l'Ouest, alimentant un sentiment durable d'« aliénation de l'Ouest ». Parmi les autres grandes initiatives intérieures figurent la conversion du Canada au système métrique, la création de Via Rail, et l'adoption de la Loi sur l'accès à l'information et de la Loi canadienne sur la santé.

L'achèvement le plus durable de Trudeau fut le rapatriement de la Constitution canadienne. Avant 1982, la constitution du Canada, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, demeurait une loi du Parlement britannique. Trudeau en a fait une mission personnelle de rapatrier la constitution et d'y enchâsser une charte des droits. La Loi constitutionnelle de 1982 inclut la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit les libertés fondamentales, les droits démocratiques et les droits à l'égalité, et établit une formule de modification constitutionnelle. Le rapatriement a achevé la souveraineté canadienne. Trudeau fut un fédéraliste engagé durant le mouvement souverainiste québécois. En 1970, il invoque la Loi sur les mesures de guerre en réponse à la Crise d'octobre, déployant des troupes au Québec après que le Front de libération du Québec eut kidnappé le diplomate britannique James Cross et le ministre québécois Pierre Laporte. Une décennie plus tard, il mène la campagne fédéraliste à la victoire lors du référendum de 1980 sur la souveraineté-association au Québec.

Politique étrangère et approche économique

En politique étrangère, Trudeau a cherché à distancer le Canada d'un alignement automatique sur les États-Unis, poursuivant une voie plus indépendante et internationaliste. Il a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine en 1970, a maintenu des relations cordiales avec l'Union soviétique et a développé une amitié notoire avec le dirigeant cubain Fidel Castro. Il a supervisé l'entrée du Canada dans le forum du G7 des grandes nations industrialisées en 1976. Ses politiques économiques se caractérisaient par un mélange de libéralisme et d'interventionnisme. Il a introduit un impôt sur les gains en capital en 1972 et a considérablement augmenté les dépenses sociales. Les dépenses déficitaires ont fortement augmenté durant son mandat. Ce mélange de nationalisme économique et de libéralisme social a défini son approche de la gouvernance.

Domaine politiqueInitiative cléPériode/Résultat
ÉnergieProgramme énergétique nationalIntroduit en 1980
Politique socialeLoi canadienne sur la santéAdoptée en 1984
ConstitutionnelRapatriement et Charte des droitsRéalisé en 1982
FiscalitéImpôt sur les gains en capitalIntroduit en 1972
Société d'ÉtatPetro-CanadaCréée en 1975
President Richard Nixon and Prime Minister of Canada Pierre Trudeau at the Parliament Building in Ottawa.
Photo : Oliver F. Atkins / Wikimedia Commons (domaine public)

Vie ultérieure, retraite et décès

Trudeau prend sa retraite de la politique en juin 1984, peu avant l'élection fédérale qui voit les Libéraux défaits sous son successeur, John Turner. À la retraite, il retourne à Montréal et exerce le droit au cabinet Heenan Blaikie. Il continue d'écrire et de réfléchir aux affaires publiques, s'exprimant contre les accords du lac Meech et de Charlottetown. Pierre Trudeau meurt le 28 septembre 2000, à l'âge de 80 ans. Son décès a provoqué une période de deuil national intense, des milliers de Canadiens défilant devant son cercueil alors qu'il était exposé à Ottawa et à Montréal. Ses funérailles nationales ont été un événement national majeur.

L'héritage de Trudeau demeure vivement contesté. Les spécialistes le classent souvent parmi les premiers ministres les plus importants pour sa force intellectuelle et ses réalisations dans le rapatriement de la constitution et l'établissement de la Charte. Ses admirateurs lui attribuent le mérite d'avoir défini une identité canadienne moderne, bilingue et multiculturelle, et d'avoir maintenu l'unité nationale durant la crise souverainiste québécoise. Ses critiques, particulièrement dans l'Ouest canadien et au Québec, l'accusent de mauvaise gestion économique et de centralisation du pouvoir fédéral au détriment des intérêts régionaux. La dynastie politique qu'il a fondée s'est poursuivie avec son fils aîné, Justin Trudeau, qui a été le 23e premier ministre de 2015 à 2025. La Fondation Pierre-Elliott-Trudeau, établie en son honneur, continue de soutenir des chercheurs et l'engagement public.

Pierre Trudeau : questions fréquentes

Pour quoi Pierre Trudeau est-il surtout connu ?

Pierre Trudeau est surtout connu pour avoir rapatrié la Constitution canadienne et établi la Charte canadienne des droits et libertés en 1982. Il est également réputé pour avoir promu le bilinguisme officiel et le multiculturalisme comme politiques d'État. Son gouvernement a créé Petro-Canada, introduit l'impôt sur les gains en capital et adopté la Loi canadienne sur la santé. Son recours décisif à la Loi sur les mesures de guerre durant la Crise d'octobre de 1970 et son leadership du camp fédéraliste lors du référendum de 1980 au Québec sont aussi des aspects marquants de son mandat.

Combien de temps Pierre Trudeau a-t-il été premier ministre ?

Pierre Trudeau a été premier ministre pendant un total de 15 ans et 164 jours. Ce mandat en fait le troisième premier ministre ayant exercé le plus long mandat de l'histoire du Canada, derrière John A. Macdonald et William Lyon Mackenzie King. Son temps au pouvoir ne fut pas consécutif. Il a d'abord servi de 1968 à 1979, puis de nouveau de 1980 à 1984.

Qu'était le Programme énergétique national et pourquoi était-il controversé ?

Le Programme énergétique national était une politique lancée par le gouvernement Trudeau en 1980. Il visait à accroître la propriété canadienne de l'industrie pétrolière, à assurer l'approvisionnement énergétique national et à redistribuer la richesse par des taxes fédérales et des contrôles des prix. Le programme fut profondément controversé, particulièrement en Alberta riche en pétrole, car il fut perçu comme une intrusion fédérale transférant injustement la richesse des provinces de l'Ouest vers le gouvernement fédéral. Cette politique est citée comme une cause majeure de la montée du mécontentement politique connu sous le nom d'« aliénation de l'Ouest ».

Quel est le lien entre Justin Trudeau et Pierre Trudeau ?

Justin Trudeau est le fils aîné de Pierre Trudeau. Justin Trudeau a été élu chef du Parti libéral et a été le 23e premier ministre du Canada de 2015 à 2025. Cela en fait le premier enfant d'un ancien premier ministre canadien à occuper également cette fonction.

Qu'a fait Pierre Trudeau durant la Crise d'octobre ?

Durant la Crise d'octobre de 1970, le premier ministre Trudeau a invoqué la Loi sur les mesures de guerre à la demande du premier ministre québécois Robert Bourassa. Cela a suspendu les libertés civiles, permis des arrestations sans mandat et déployé des milliers de soldats canadiens au Québec en réponse à l'enlèvement de James Cross et Pierre Laporte par le FLQ. La crise s'est terminée par le meurtre de Laporte et la libération de Cross après des négociations. La réponse de Trudeau fut largement soutenue à l'époque, mais son impact sur les droits civils demeure débattu.

Quelle était la position de Trudeau sur la souveraineté du Québec ?

Pierre Trudeau était un fédéraliste engagé qui s'opposait à la souveraineté du Québec. Il croyait en un Canada fort et uni où la place du Québec était au sein de la Confédération, protégée par le bilinguisme et la Charte des droits. Il a mené la campagne fédéraliste victorieuse lors du référendum de 1980 sur la souveraineté-association. À la retraite, il s'est opposé avec véhémence aux accords du lac Meech et de Charlottetown, soutenant qu'accorder au Québec le statut de « société distincte » affaiblirait la fédération.

Sources et lectures complémentaires

Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-18.

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