René Lévesque
René Lévesque était un homme politique et journaliste canadien qui a été le 23e premier ministre du Québec de 1976 à 1985. Il est le fondateur du Parti québécois et le premier chef politique québécois depuis la Confédération à chercher à obtenir un mandat pour négocier l'indépendance politique de la province par voie référendaire. Animateur de radio et de télévision, Lévesque a été une figure centrale de la Révolution tranquille au Québec, notamment dans la nationalisation de l'hydroélectricité. Son gouvernement a façonné la politique linguistique du Québec, ses réformes sociales et les débats constitutionnels au sein du Canada.
Jeunesse et carrière journalistique
René Lévesque est né le 24 août 1922 à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, et a grandi à New Carlisle, sur la péninsule gaspésienne. Son père, Dominic Lévesque, était avocat et sa mère, Diane Dionne. Il avait trois frères et sœurs cadets nommés André, Fernand et Alice. Après le décès de son père alors qu'il avait 14 ans, Lévesque a fréquenté le Séminaire de Gaspé, dirigé par les Jésuites, puis le Collège Saint-Charles-Garnier à Québec. Il s'est ensuite inscrit en droit à l'Université Laval à Québec. Il a quitté l'université en 1943 sans terminer son diplôme. Il a commencé sa carrière comme annonceur et rédacteur de nouvelles à la station de radio CHNC de New Carlisle, puis à CBV à Québec. Durant la Seconde Guerre mondiale, de 1944 à 1945, il a servi comme correspondant de guerre et officier de liaison pour l'armée américaine en Europe. Il a rapporté de Londres pendant le Blitz et a avancé avec les troupes alliées à travers la France et l'Allemagne, étant l'un des premiers journalistes à voir le camp de concentration de Dachau. Après la guerre, il s'est joint au service international francophone de Radio-Canada et a de nouveau été correspondant de guerre pendant la guerre de Corée en 1952. De 1956 à 1959, il a acquis une renommée nationale au Québec comme animateur de l'émission d'information hebdomadaire Point de Mire à Radio-Canada. Son journalisme a souvent couvert d'importants conflits de travail, dont la grève de 1957 à la mine de cuivre de Murdochville en Gaspésie, qui a marqué un tournant pour le syndicalisme au Québec. L'implication personnelle de Lévesque dans les enjeux ouvriers s'est aussi manifestée lors de la grève des réalisateurs de 1958, qui a duré 68 jours. Il a été arrêté lors d'une manifestation en 1959 aux côtés du leader syndical Jean Marchand et de 24 autres personnes.

Entrée en politique et Révolution tranquille
Lévesque est entré en politique en 1960, élu député libéral de Montréal-Laurier dans le gouvernement de Jean Lesage. Il a été ministre durant toute la Révolution tranquille, occupant plusieurs portefeuilles clés. Comme ministre des Richesses hydrauliques et des Travaux publics de 1960 à 1961, puis ministre des Ressources naturelles jusqu'en 1965, il a joué un rôle déterminant dans la nationalisation des compagnies hydroélectriques du Québec, ce qui a considérablement élargi la société d'État Hydro-Québec. De 1965 à 1966, il a été ministre de la Famille et du Bien-être, travaillant avec le ministre de la Santé Eric Kierans pour négocier le financement des programmes sociaux avec le gouvernement fédéral. Après la défaite des libéraux aux élections de 1966 face à l'Union nationale, Lévesque a conservé son siège mais s'est désillusionné du fédéralisme. Il a quitté le Parti libéral après qu'une conférence ait rejeté sa motion sur la séparation et a ensuite fondé le Mouvement Souveraineté-Association.
Fondation du Parti québécois et accession au pouvoir
Le Mouvement Souveraineté-Association a été fondé par Lévesque comme un mouvement souverainiste modéré, axé sur l'action électorale et visant à rejoindre ce qu'il appelait les gens ordinaires. Un débat politique clé au début a porté sur la protection des droits de la minorité anglophone du Québec, Lévesque faisant face à une forte opposition pour son insistance à protéger les écoles et les droits linguistiques des anglophones. En 1968, son mouvement a fusionné avec le Ralliement national de Gilles Grégoire pour créer le Parti québécois, dont Lévesque est devenu le chef. Le premier test électoral du nouveau parti en 1970 a donné 25 % du vote populaire mais seulement six sièges, et Lévesque a continué à diriger le parti depuis Montréal. L'élection de 1973 a été un revers majeur, entraînant une large victoire libérale et créant des tensions importantes au sein du parti après que Lévesque n'ait pas réussi à se faire élire. La fortune du parti s'est renversée de façon spectaculaire lors de l'élection de 1976. Le Parti québécois a remporté une victoire écrasante avec 41,1 % des voix et 71 des 110 sièges, délogeant même le premier ministre libéral Robert Bourassa dans sa propre circonscription. Lévesque, élu dans la circonscription de Taillon, est devenu premier ministre le 25 novembre 1976. Dans son discours de victoire, il a prononcé la phrase célèbre : Je n'ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d'être Québécois.

Gouvernement et politiques majeures
Le gouvernement de Lévesque a mis en œuvre plusieurs politiques fondatrices durant ses neuf années au pouvoir. Son accomplissement phare a été la Charte de la langue française, connue sous le nom de la loi 101, adoptée en 1977. La loi visait à faire du français la langue normale du travail, de l'enseignement, du commerce et des affaires au Québec. Ses dispositions originales restreignaient l'accès aux écoles publiques anglophones aux enfants dont les parents avaient été scolarisés en anglais au Québec, et exigeaient que l'affichage commercial soit principalement en français. Lévesque, plus modéré sur la question linguistique que certains au sein de son parti, dont le ministre responsable de la langue Camille Laurin, a déclaré qu'il aurait démissionné comme chef plutôt que d'éliminer les écoles publiques anglophones. Son gouvernement a aussi complété la nationalisation de l'hydroélectricité sous Hydro-Québec. En 1977, le Québec est devenu la première juridiction au Canada à interdire la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle en modifiant sa Charte des droits et libertés de la personne. Le gouvernement de Lévesque a adopté une Loi sur le financement des partis politiques, qui a interdit les dons des entreprises et limité les contributions individuelles à trois mille dollars. Une Loi sur les référendums a aussi été adoptée pour établir les règles des consultations populaires à l'échelle provinciale, accordant un financement et un statut juridique égaux aux camps du Oui et du Non. La réponse du gouvernement à la récession du début des années 1980 a impliqué des coupures budgétaires pour réduire les déficits croissants, une mesure qui a fâché ses traditionnels alliés syndicaux.
- La Charte de la langue française (loi 101), 1977.
- Achèvement de la nationalisation hydroélectrique via Hydro-Québec.
- Loi sur le financement des partis politiques interdisant les dons des entreprises, 1977.
- Modification de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec pour interdire la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, 1977.
- La Loi sur les référendums, établissant les règles pour les référendums provinciaux.
- Expansion continue du filet social, transférant les soins de l'Église à l'État.
Le projet souverainiste et les batailles constitutionnelles
Le projet politique central du gouvernement de Lévesque était la souveraineté du Québec. Le 20 mai 1980, son gouvernement a tenu un référendum sur la souveraineté-association, demandant un mandat pour négocier l'indépendance. Le résultat du vote a été de 40 % en faveur et 60 % contre, avec un taux de participation de 86 %. Dans son discours de défaite, Lévesque a dit à ses partisans qu'on lui avait dit à la prochaine fois. Malgré la perte du référendum, il a mené le Parti québécois à la victoire lors de l'élection de 1981, augmentant la majorité du parti à l'Assemblée nationale et sa part du vote populaire de 41 à 49 %. Un point central de son deuxième mandat a été le rapatriement de la constitution canadienne. Lévesque faisait partie d'une coalition provinciale qui avait initialement accepté une entente constitutionnelle, mais il a été exclu des négociations finales entre le premier ministre Pierre Trudeau et les neuf autres premiers ministres provinciaux en novembre 1981. La Loi constitutionnelle de 1982 qui en a résulté a été adoptée sans le consentement du Québec, et Lévesque a été critiqué par certains au Québec qui ont dit qu'il avait été trompé. À ce jour, aucun premier ministre québécois, quel que soit son parti politique, n'a endossé l'amendement constitutionnel de 1982.

Vie personnelle, démission et décès
Lévesque a épousé Louise L'Heureux en 1947, avec qui il a eu deux fils et une fille. Un incident tragique le 6 février 1977 a attiré l'attention sur sa vie personnelle lorsque Lévesque, alors qu'il conduisait, a accidentellement heurté et tué un homme itinérant, Edgar Trottier, qui était couché sur la route. Les policiers n'ont pas administré d'alcootest, et Lévesque a été plus tard condamné à une amende de 25 $ pour ne pas avoir porté ses lunettes en conduisant. L'incident a pris une autre tournure lorsqu'il a été révélé que sa compagne n'était pas son épouse mais sa secrétaire de longue date, Corinne Côté. Le mariage de Lévesque a pris fin par un divorce peu après, et en avril 1979, il a épousé Corinne Côté. Cela a fâché les partisans les plus fervents de la souveraineté au sein du parti, entraînant des démissions de cadres et des défaites lors d'élections partielles. Lévesque a démissionné comme chef du Parti québécois le 20 juin 1985, puis comme premier ministre du Québec le 3 octobre 1985. Lévesque est mort d'une crise cardiaque le 1er novembre 1987 à Montréal. Plus de 100 000 personnes ont défilé devant sa dépouille exposée à Montréal et à Québec.
Honneurs, hommages et héritage
Les funérailles nationales de René Lévesque à Québec ont rassemblé environ 100 000 personnes, la foule entonnant spontanément une version de Gens du pays adaptée en Mon cher René. Il a été fait grand officier de la Légion d'honneur française de son vivant et a été fait grand officier de l'Ordre national du Québec à titre posthume en 2008. De grands boulevards à Montréal et à Québec ont été renommés en son honneur, et l'Édifice Hydro-Québec et la Maison Radio-Canada à Montréal sont tous deux situés sur le boulevard René-Lévesque. En 2010, Hydro-Québec et le gouvernement du Québec ont commémoré son rôle en renommant la centrale de 1244 mégawatts Manic-3 en son honneur. Un monument à sa mémoire a été dévoilé sur le boulevard René-Lévesque devant l'hôtel du Parlement à Québec le 3 juin 1999. Cette statue a ensuite été déplacée dans sa ville natale de New Carlisle et remplacée par une plus grande. Lévesque est largement considéré comme le père spirituel du mouvement souverainiste québécois moderne. Un sondage de 2006 par Le Journal de Montréal et Léger Marketing a révélé qu'il était considéré de loin comme le meilleur premier ministre à avoir dirigé la province au cours des cinquante dernières années. Sa vie a été portée à l'écran dans des séries télévisées, dont une production de 1994 et une minisérie de Radio-Canada en 2006. En 2023, les Prix du Québec ont créé le Prix René-Lévesque pour honorer les carrières exceptionnelles en journalisme au Québec, le premier lauréat étant le présentateur de télévision de longue date Pierre Bruneau.
- Grand officier, Légion d'honneur française.
- Grand officier, Ordre national du Québec (à titre posthume, 2008).
- Boulevard René-Lévesque à Montréal et à Québec.
- Centrale René-Lévesque (Manic-3), renommée en 2010.
- Statues à Québec et à New Carlisle.
- Prix René-Lévesque pour le journalisme, créé en 2023.
Bilan électoral et carrière politique
La carrière électorale de René Lévesque s'est étendue sur 25 ans, de sa première élection comme libéral à sa dernière victoire comme premier ministre du Parti québécois. Il a représenté la circonscription de Montréal-Laurier de 1960 à 1970, et la circonscription de Taillon de 1976 jusqu'à sa retraite en 1985. Sa direction du Parti québécois l'a transformé d'un mouvement marginal en un parti au pouvoir. La circonscription électorale de René-Lévesque, nommée en son honneur, existe sur la Côte-Nord du Québec.
| Élection | Parti | Circonscription | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1960 | Libéral | Montréal-Laurier | Élu |
| 1966 | Libéral | Montréal-Laurier | Élu |
| 1970 | Parti québécois | Dorion | Défait |
| 1973 | Parti québécois | Dorion | Défait |
| 1976 | Parti québécois | Taillon | Élu |
| 1981 | Parti québécois | Taillon | Élu |
René Lévesque : questions fréquentes
Quel a été le rôle de René Lévesque dans la Révolution tranquille ?
Comme ministre libéral sous le premier ministre Jean Lesage de 1960 à 1966, René Lévesque a joué un rôle central dans la Révolution tranquille. Sa contribution la plus significative a été comme ministre responsable de la nationalisation des compagnies hydroélectriques du Québec, ce qui a créé et considérablement élargi Hydro-Québec. Il a aussi été ministre de la Famille et du Bien-être, contribuant à négocier le financement des programmes sociaux avec le gouvernement fédéral.
Qu'a fait la loi 101 ?
La Charte de la langue française, communément appelée la loi 101, a été adoptée en 1977. Son objectif était de faire du français la langue normale du travail, de l'enseignement, de la communication, du commerce et des affaires au Québec. Les principales dispositions originales restreignaient l'accès aux écoles publiques anglophones aux enfants dont les parents avaient été scolarisés en anglais au Québec. La loi exigeait aussi que l'affichage commercial extérieur soit principalement en français.
Quel a été le résultat du référendum de 1980 au Québec ?
Le référendum tenu le 20 mai 1980 demandait aux électeurs québécois un mandat pour négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada. La proposition a été rejetée, avec 40 % des électeurs appuyant le camp du Oui et 60 % s'y opposant. Le taux de participation était de 86 %.
Pourquoi René Lévesque a-t-il démissionné ?
Lévesque a démissionné en 1985 à la suite de dissensions internes au parti concernant son changement de stratégie. Il préconisait une stratégie appelée le Beau risque, qui impliquait de chercher une entente avec le gouvernement fédéral de Brian Mulroney et de mettre la souveraineté en veilleuse. Cela a fâché les membres souverainistes de la base du parti, entraînant des démissions de cadres et des défaites lors d'élections partielles. Il a démissionné comme chef du parti le 20 juin 1985, puis comme premier ministre le 3 octobre 1985.
Comment se souvient-on de René Lévesque aujourd'hui ?
René Lévesque est considéré comme le père spirituel du mouvement souverainiste québécois moderne. Il est honoré par des boulevards majeurs à Montréal et à Québec portant son nom, et la centrale hydroélectrique Manic-3 a été renommée en son honneur en 2010. Un sondage de 2006 a révélé qu'il était considéré comme le meilleur premier ministre du Québec des cinquante années précédentes.
René Lévesque était-il journaliste avant d'entrer en politique ?
Oui, René Lévesque a eu une carrière journalistique importante avant d'entrer en politique. Il a travaillé comme annonceur et rédacteur de nouvelles à la radio au Québec et a servi comme correspondant de guerre pour l'armée américaine en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, puis pour Radio-Canada pendant la guerre de Corée. De 1956 à 1959, il est devenu un nom connu de tous les Québécois comme animateur de l'émission d'information hebdomadaire Point de Mire à Radio-Canada.
Sources et lectures complémentaires
- René Lévesque (Wikipédia, en anglais)
- René-Lévesque, Electoral division information sheet (electionsquebec.qc.ca)
- 'It's all Coming Back to Me Now': Alberta and the Ghosts of ... (policymagazine.ca)
- Quebec sovereigntists distancing themselves from Alberta ... (montreal.citynews.ca)
- Élections Québec 2026 - Le débat dans René-Lévesque (ici.radio-canada.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-21.





