Femmes et filles autochtones disparues et assassinées
L’acronyme FFADA désigne la crise persistante de violence disproportionnée à laquelle font face les femmes, les filles et les personnes autochtones bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, en questionnement, intersexes et asexuelles (2ELGBTQQIA+) au Canada et aux États-Unis. Au Canada, les femmes autochtones représentaient 16 % de toutes les victimes féminines d’homicide entre 1980 et 2012, alors qu’elles ne constituaient qu’environ 4 % de la population féminine, une surreprésentation flagrante ancrée dans le racisme systémique, le colonialisme et la marginalisation socioéconomique. La question a gagné en visibilité nationale grâce à des décennies de militantisme des familles, des survivantes et des organisations autochtones, menant à une enquête fédérale historique. La crise est reconnue comme une tragédie nationale et une forme de génocide, exigeant une action urgente de tous les paliers de gouvernement et de la société.
Contexte historique et causes systémiques
La crise des femmes autochtones disparues et assassinées n’est pas un phénomène isolé, mais une conséquence directe des politiques coloniales historiques et actuelles. Les femmes autochtones ont été marginalisées socialement, économiquement et politiquement, ce qui en fait des cibles fréquentes de violence. Des facteurs sous-jacents comme la pauvreté généralisée, le logement inadéquat et l’itinérance augmentent considérablement leur vulnérabilité à la victimisation. Le traumatisme intergénérationnel découlant du système des pensionnats au Canada, combiné au racisme et au sexisme systémiques, a créé des conditions où la violence se perpétue. Cette marginalisation systémique signifie que les femmes autochtones sont de trois à trois fois et demie plus susceptibles d’être victimes de crimes violents que les autres femmes, et la violence qu’elles subissent est souvent plus grave. Les militants et les familles affirment depuis longtemps que les préjugés policiers ont fait que des milliers de cas au cours du dernier demi-siècle n’ont pas été correctement enquêtés, les victimes étant ignorées parce qu’elles étaient autochtones, travailleuses du sexe, ou les deux.
L’héritage de l’impérialisme et les impacts spécifiques de politiques comme la Loi sur les Indiens ont érodé les structures sociales et contribué à l’insécurité économique dans les communautés autochtones. Un rapport de Statistique Canada de 2011 estimait qu’entre 1997 et 2000, le taux d’homicides pour les femmes et les filles autochtones était près de sept fois plus élevé que celui des autres victimes féminines. Le traumatisme causé par les abus dans le système des pensionnats joue un rôle documenté dans les cycles de violence et de déracinement. Ces facteurs historiques se combinent aux défaillances contemporaines des services sociaux et des forces de l’ordre pour créer une situation de risque accru pour les femmes et les filles autochtones partout en Amérique du Nord, où elles sont touchées de manière disproportionnée par toutes les formes de violence, selon les rapports officiels.

Statistiques et défis de collecte de données au Canada
Quantifier l’ampleur complète de la crise des FFADA a été difficile en raison des lacunes historiques dans la collecte de données. Le Canada n’a pas maintenu de base de données nationale sur les personnes disparues avant 2010, ce qui rendait difficile la détermination des taux ou la comparaison des données entre populations. Le rapport final de l’Enquête nationale de 2019 indiquait qu’il n’existait aucune estimation nationale fiable du nombre de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones disparues et assassinées. Une base de données compilée pour une thèse de doctorat en 2013 a identifié 824 femmes autochtones disparues ou assassinées entre 1946 et 2013. La Gendarmerie royale du Canada a créé le Centre national pour les personnes disparues et les restes non identifiés en 2010 en réponse aux enquêtes sur des cas comme ceux de la route des Larmes. Cette unité a développé un algorithme pour rassembler tous les signalements de personnes disparues des services de police à travers le Canada dans le système du Centre d’information de la police canadienne et publie la Fiche d’information rapide du CNPRNI pour fournir des ventilations nationales.
Des rapports statistiques clés ont fourni des instantanés partiels de la crise. Un rapport de la GRC de 2014, intitulé Femmes autochtones disparues et assassinées : Aperçu opérationnel national, a révélé que 1 181 femmes autochtones ont été tuées ou ont disparu entre 1980 et 2012. Au cours de cette période de 33 ans, il y avait 225 cas non résolus. Le rapport indiquait que 67 % des cas étaient des meurtres, 20 % des disparitions, 4 % des morts suspectes et 9 % étaient inconnus. Une mise à jour de la GRC en 2015 faisait état de 106 cas non résolus d’homicide et de 98 cas non résolus de disparition impliquant des femmes autochtones, avec un taux de résolution global de 9,3 % par rapport à l’année précédente. Le Projet d’examen des documents médico-légaux pour l’Enquête nationale a par la suite constaté que ces rapports de la GRC identifiaient des causes étroites et incomplètes des homicides.
Les données révèlent des disparités de risque graves et croissantes. De 2001 à 2015, le taux d’homicide pour les femmes autochtones au Canada était près de six fois plus élevé que celui des femmes non autochtones, soit 4,82 pour 100 000 habitants contre 0,82 pour 100 000. Alors que les homicides de femmes non autochtones ont diminué entre 1980 et 2015, le nombre de femmes autochtones victimes d’homicide est passé de 9 % de toutes les victimes féminines d’homicide en 1980 à 24 % en 2015. Dans les provinces et territoires où les populations autochtones sont plus importantes, comme le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta, le Nunavut, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest, cette surreprésentation parmi les victimes d’homicide est encore plus prononcée.
- Entre 1980 et 2012, les femmes autochtones représentaient 16 % de tous les homicides féminins alors qu’elles ne constituaient que 4 % de la population féminine.
- Une étude de 2007 en Saskatchewan, la seule province à avoir systématiquement examiné ses dossiers, a révélé que les femmes autochtones représentaient 6 % de la population de la province mais comptaient pour 60 % des cas de femmes disparues.
- Selon l’Enquête sociale générale de 1999, 55,5 % des femmes autochtones ont subi une agression violente de la part d’un partenaire intime.
- Plus de 13 % des Autochtones subissent de la violence de la part d’un partenaire actuel ou ancien, une proportion deux fois plus élevée que les non-Autochtones (5,7 %).
- La base de données d’enquête de Radio-Canada « Disparues et assassinées » comprenait plus de 300 personnes dans des cas non résolus en février 2016.
L’Enquête nationale : processus, constats et appels à la justice
Sous la pression intense des groupes autochtones, des familles et des organisations de défense des droits de la personne, le gouvernement du Canada, sous le premier ministre Justin Trudeau, a créé l’Enquête nationale indépendante sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées en septembre 2016. Le mandat de l’enquête était d’examiner les causes systémiques de la violence, de recommander des moyens d’assurer la sécurité et de proposer des méthodes pour honorer les personnes disparues. Elle avait initialement un délai de deux ans, prolongé par la suite de six mois. Sur trois ans, l’enquête a recueilli plus de 1 000 heures de témoignages de 2 300 témoins lors d’audiences communautaires, d’entrevues privées et de panels d’experts avec des gardiens du savoir et des universitaires. L’enquête a terminé ses travaux et publié son rapport final, Réclamer notre pouvoir et notre place, le 3 juin 2019. Le rapport a conclu que la violence constitue un génocide, enraciné dans l’oppression délibérée et systémique d’un État colonial. La commissaire en chef Marion Buller a déclaré que les lois et les institutions du Canada continuent de violer les droits humains et autochtones fondamentaux.
Le rapport contenait 231 appels à la justice individuels, adressés aux gouvernements, aux institutions, aux fournisseurs de services, aux industries et à tous les Canadiens. Ces appels sont les recommandations détaillées visant à s’attaquer aux causes systémiques de la violence. Ils sont regroupés en 18 grands thèmes couvrant la culture, la santé et le bien-être, la sécurité humaine et la justice. Les appels à la justice comprennent des sections spécifiques pour les Inuit, les Métis et les personnes 2ELGBTQQIA. L’enquête a utilisé un processus de collecte de la vérité qui a centré les voix des survivantes et des membres des familles, dont les expériences ont mis en lumière les échecs persistants des services policiers, de la protection de l’enfance, des services de santé et du système judiciaire. Le rapport appelle à des changements juridiques et sociaux fondamentaux pour démanteler les structures coloniales qui perpétuent la violence et pour mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Réponses gouvernementales, plans d’action et mise en œuvre
Les réponses gouvernementales sont passées du déni au lancement d’enquêtes et de plans d’action formels, bien que la mise en œuvre reste un défi critique. Avant 2016, le gouvernement fédéral sous le premier ministre Stephen Harper rejetait les appels à une enquête nationale, affirmant qu’il y avait eu assez d’études. En 2015, le ministre des Affaires autochtones de l’époque, Bernard Valcourt, a cité de manière controversée des données de la GRC suggérant que 70 % des auteurs de ces crimes étaient d’origine autochtone, une déclaration qui a suscité l’indignation et des demandes de transparence des données. Depuis le rapport de l’Enquête nationale de 2019, l’accent s’est principalement porté sur la mise en œuvre de ses 231 appels à la justice. En juin 2021, le gouvernement du Canada, avec ses partenaires provinciaux, territoriaux et autochtones, a publié le Plan d’action national 2021 : Mettre fin à la violence contre les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones. Ce plan élabore une vision commune d’un Canada où les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones vivent à l’abri de la violence et sont célébrées, honorées et en sécurité.
Dans le cadre du Plan d’action national, le gouvernement fédéral a élaboré la Voie fédérale, qui décrit un ensemble d’engagements pour les ministères et organismes fédéraux afin de soutenir un changement systémique. Cette initiative horizontale implique plus d’une douzaine d’organisations partenaires fédérales, dont Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Services aux Autochtones Canada, Sécurité publique, le ministère de la Justice et la GRC. Le financement de ces efforts a été décrit dans la Mise à jour économique de l’automne 2020 et le Budget 2021. L’Assemblée des Premières Nations a également élaboré un Plan d’action national distinct dirigé par les Premières Nations, rédigé avec la participation directe des survivantes et des familles. Ce plan décrit les domaines immédiats qui doivent être traités par tous les paliers de gouvernement, indépendamment de la compétence. Les défis persistants incluent l’obtention d’un financement soutenu, la garantie d’une collaboration significative avec les gouvernements autochtones et l’établissement d’un mécanisme national de surveillance pour suivre les progrès, comme demandé dans les rapports de l’enquête.
Cas notables, enquêtes et critiques de la réponse policière
Plusieurs cas très médiatisés et des schémas régionaux ont attiré l’attention nationale sur la crise des FFADA et exposé des échecs critiques dans la réponse policière. Le cas du tueur en série Robert Pickton, condamné en 2007 pour le meurtre de six femmes et lié à la mort de 49 femmes de la région de Vancouver, impliquait des victimes principalement autochtones et travailleuses du sexe. Les familles ont affirmé que la police n’a pas pris les disparitions au sérieux, permettant à Pickton de poursuivre ses crimes pendant des années. À Edmonton, les cas non résolus de femmes autochtones liés aux soi-disant Champs de la mort ont également soulevé des préoccupations quant à la diligence des enquêtes. Une enquête de CBC News en 2016 a examiné 34 cas à travers le Canada où les autorités avaient écarté la présence de circonstances criminelles, mais où les familles et les preuves suggéraient le contraire.
L’enquête de CBC, faisant partie de son projet « Disparues et assassinées », a trouvé des preuves dans plusieurs des 34 cas qui indiquaient des circonstances suspectes, des ecchymoses inexpliquées et d’autres facteurs suggérant qu’une enquête plus approfondie était justifiée. Dans chaque cas, les familles des femmes ont déclaré qu’elles n’acceptaient pas les conclusions de la police et ont suggéré qu’un meurtre pourrait être impliqué. Les militants affirment que ce sont exactement le genre de cas qui nécessitent un examen plus approfondi dans une enquête nationale. Le projet maintenait une base de données interactive de plus de 300 cas non résolus, permettant un filtrage par âge, province, statut et année. Ces enquêtes très médiatisées montrent un schéma plus large où les cas impliquant des femmes autochtones sont parfois minimisés ou insuffisamment enquêtés, une forme de préjugé contre lequel les militants luttent depuis des décennies.

Militantisme de base, commémoration et sensibilisation du public
Le militantisme de base mené par les femmes autochtones, les familles et les communautés a été la force motrice derrière la sensibilisation aux FFADA et la pression pour un changement systémique. Ce mouvement sensibilise par des marches, des réunions communautaires, des formations sur la violence conjugale, la création de registres des disparus et des séances pour les forces de l’ordre. En 2012, Sheila North Wilson, alors employée de l’Assemblée des chefs du Manitoba, a créé le mot-clic #FFADA pour les femmes autochtones disparues et assassinées. Le projet REDress de l’artiste Jaime Black, commencé en 2010, utilise des robes rouges vides exposées dans des espaces publics comme des musées pour représenter viscéralement les disparues et assassinées, menant à l’établissement de la Journée de la robe rouge. Cette journée de sensibilisation est observée le 5 mai au Canada et aux États-Unis. Aux États-Unis, le 5 mai a été déclaré Journée nationale de sensibilisation aux femmes et aux proches autochtones disparus et assassinés par une résolution du Sénat en 2017, inspirée par le meurtre de Hanna Harris en 2013 dans la réserve de Northern Cheyenne.
La Semaine nationale d’action pour les femmes et les proches autochtones disparus et assassinés est observée annuellement. Les campagnes appellent à la visibilité, à la justice et à une action systémique pour mettre fin à la violence, utilisant des mots-clics comme #PourquoiOnPorteDuRouge et #SemainedActionNationaleFFADA. Le mouvement utilise également l’art comme outil de guérison et de résistance, invitant à soumettre des peintures, photographies, poèmes et broderies de perles pendant la Semaine d’action. Le Conseil des femmes de l’Assemblée des Premières Nations a co-organisé des séances de mobilisation régionales pour aider à élaborer le Plan d’action national dirigé par les Premières Nations, en utilisant un principe « les familles d’abord ». Ces efforts de militantisme, soutenus pendant des décennies, ont été déterminants pour forcer la création de l’Enquête nationale et continuent de tenir les gouvernements responsables de la mise en œuvre des appels à la justice.
La situation aux États-Unis : législation et juridiction
La crise de la violence contre les femmes autochtones est tout aussi grave aux États-Unis, avec des schémas similaires d’échec systémique. Les femmes autochtones américaines sont plus de deux fois plus susceptibles de subir de la violence que les femmes de toute autre démographie. Une femme autochtone sur trois est agressée sexuellement au cours de sa vie, 67 % de ces agressions étant perpétrées par des personnes non autochtones. Selon le National Institute of Justice, les femmes amérindiennes sont 1,2 fois plus susceptibles de subir de la violence au cours de leur vie, 1,8 fois plus susceptibles d’être victimes de harcèlement criminel et 1,7 fois plus susceptibles d’être victimes de violence au cours de l’année écoulée par rapport à la population blanche non hispanique. Dans certaines réserves, les taux de meurtre pour les femmes autochtones sont plus de dix fois supérieurs à la moyenne nationale. Pendant des années, des lacunes juridictionnelles complexes entre les autorités tribales, étatiques et fédérales ont créé d’importants obstacles à la justice. La militante Lisa Brunner a décrit ces lacunes comme créant des « zones d’impunité » qui étaient comme un terrain de jeu pour les auteurs en série.
Des efforts législatifs ont cherché à remédier à ces problèmes de juridiction. La Tribal Law and Order Act de 2010 a donné aux tribus la capacité d’augmenter les peines d’emprisonnement pour les affaires criminelles. La réautorisation fédérale de la Loi sur la violence faite aux femmes en 2013 a été une étape importante, accordant aux tribus la juridiction pour enquêter et poursuivre les infractions criminelles de violence conjugale impliquant à la fois des auteurs autochtones et non autochtones dans les réserves. En 2019, la Chambre des représentants à majorité démocrate a adopté la loi H.R. 1585 (Violence Against Women Reauthorization Act of 2019) par un vote de 263 contre 158 pour accroître davantage les droits de poursuite des tribus, mais elle est restée bloquée au Sénat à majorité républicaine. Les dispositions ont finalement été promulguées par le président Joe Biden en 2022 dans le cadre de la Consolidated Appropriations Act. En 2021, la secrétaire américaine à l’Intérieur Deb Haaland a annoncé la création d’une unité des personnes disparues et assassinées au sein du Bureau des affaires indiennes pour coordonner les ressources d’enquête. Le National Crime Information Center a signalé 5 712 femmes et filles autochtones disparues en 2016.
Données comparatives sur les homicides et disparités régionales
L’écart des taux d’homicide entre les femmes autochtones et non autochtones au Canada s’est creusé au cours des dernières décennies, comme le montrent les données disponibles rapportées par la police. Alors que les taux d’homicide pour les femmes non autochtones ont généralement diminué, le nombre et la proportion de femmes autochtones victimes d’homicide ont augmenté de manière significative. La surreprésentation est plus aiguë dans les provinces des Prairies et les territoires, reflétant la démographie régionale et des défaillances systémiques plus profondes. Au Nunavut, au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et dans les provinces de l’Alberta, du Manitoba et de la Saskatchewan, la surreprésentation des femmes autochtones parmi les victimes d’homicide a été encore plus élevée que la moyenne nationale, en partie à cause des populations autochtones plus importantes dans ces régions. L’absence de données complètes et coordonnées au niveau national avant 2010 signifie que ces chiffres représentent probablement un sous-dénombrement, un point souligné à plusieurs reprises dans le rapport final de l’Enquête nationale.
| Période | Statistique clé | Source/Rapport |
|---|---|---|
| 1980 à 2012 | Les femmes autochtones représentaient 16 % de toutes les victimes féminines d’homicide | Document d’information de l’Enquête nationale |
| 1997 à 2000 | Taux d’homicide pour les femmes autochtones près de 7 fois plus élevé que les autres femmes | Rapport de Statistique Canada 2011 |
| 2001 à 2015 | Taux d’homicide pour les femmes autochtones près de 6 fois plus élevé (4,82 vs 0,82 pour 100 000) | GRC/Statistique Canada |
| 1980 | Les femmes autochtones représentaient 9 % des victimes féminines d’homicide | Analyse des tendances |
| 2015 | Les femmes autochtones représentaient 24 % des victimes féminines d’homicide | Analyse des tendances |
Ces données montrent la nature croissante de la crise malgré une sensibilisation publique accrue. Le document d’information de l’Enquête nationale a noté que bien que les femmes autochtones représentent 4 % de la population féminine du Canada, elles représentaient 16 % de toutes les femmes assassinées au Canada entre 1980 et 2012. La mise à jour de la GRC de 2015 a montré que 80 % de tous les homicides féminins (autochtones et non autochtones) étaient résolus, mais les taux de résolution pour les cas impliquant des femmes autochtones étaient plus bas. Le Projet d’examen des documents médico-légaux a critiqué les rapports de la GRC pour leur focalisation étroite, soulignant le besoin de données qui capturent le contexte social et historique complet de la violence.
Contexte international et parallèles
La crise des femmes autochtones disparues et assassinées ne se limite pas à l’Amérique du Nord, avec des parallèles observés dans d’autres nations coloniales de peuplement. En Australie, les peuples des Premières Nations signalent des niveaux similaires de violence et de minimisation systémique qu’au Canada et aux États-Unis. L’ampleur du problème en Australie a été difficile à quantifier car aucun organisme ne suit les chiffres exacts, mais les données disponibles suggèrent que le taux de meurtre pour les femmes autochtones est 12 fois supérieur à la moyenne nationale australienne. En 2022, le Parlement australien a lancé une enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, mais elle a été critiquée pour son manque de couverture médiatique et pour avoir été close moins d’un an après son début. En Nouvelle-Zélande, les femmes maories font également face à des taux de violence disproportionnellement élevés. Ce schéma international pointe vers l’impact global du colonialisme sur la sécurité des femmes autochtones. Des mouvements de base se sont développés aux niveaux local, régional, national et international pour honorer les vies perdues et travailler vers une sécurité et une justice durables, indiquant une lutte commune par-delà les frontières.
Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : questions fréquentes
Que signifie FFADA ?
FFADA signifie Femmes et filles autochtones disparues et assassinées. Le terme représente la crise persistante des droits de la personne de violence disproportionnée à laquelle font face les femmes, les filles et les personnes autochtones bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, en questionnement, intersexes et asexuelles (2ELGBTQQIA+) au Canada et aux États-Unis. Il englobe celles qui ont été assassinées, ont disparu dans des circonstances suspectes ou sont victimes de violence. Le mot-clic #FFADA a été créé en 2012 par la militante Sheila North Wilson pour sensibiliser sur les médias sociaux. La crise est reconnue comme une tragédie nationale et un génocide enraciné dans le colonialisme et le racisme systémiques.
Quels ont été les constats de l’Enquête nationale au Canada ?
L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a publié son rapport final, Réclamer notre pouvoir et notre place, le 3 juin 2019. Sa conclusion centrale était que la violence constitue un génocide, alimenté par les structures coloniales du Canada et la discrimination systémique raciale et sexiste. L’enquête a recueilli les témoignages de plus de 2 300 témoins et a conclu que les échecs persistants des services policiers, de la protection de l’enfance et des systèmes judiciaires perpétuent la crise. Le rapport a émis 231 appels à la justice adressés à tous les paliers de gouvernement et à la société canadienne pour opérer un changement fondamental. Ces appels couvrent des domaines comme la culture, la santé, la sécurité humaine et la justice, visant à s’attaquer aux causes profondes de la violence et à assurer la sécurité.
Combien de femmes autochtones sont disparues ou assassinées au Canada ?
Il n’existe pas de décompte national unique et fiable, une lacune soulignée par l’Enquête nationale. Un rapport de la GRC de 2014 a documenté que 1 181 femmes autochtones ont été tuées ou ont disparu entre 1980 et 2012, avec 225 cas non résolus. D’autres études, comme une base de données universitaire de 2013, ont identifié 824 cas entre 1946 et 2013. Les statistiques montrent une disparité grave : de 2001 à 2015, le taux d’homicide pour les femmes autochtones était près de six fois plus élevé que pour les femmes non autochtones. Les femmes autochtones représentaient 16 % de toutes les victimes féminines d’homicide de 1980 à 2012 alors qu’elles ne constituaient que 4 % de la population féminine. La base de données d’enquête de Radio-Canada comprenait plus de 300 cas non résolus en 2016.
Qu’est-ce que la Journée de la robe rouge ?
La Journée de la robe rouge est observée annuellement le 5 mai au Canada et aux États-Unis comme une journée de sensibilisation aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées. Elle est née du projet REDress lancé par l’artiste métisse Jaime Black en 2010, qui utilise des robes rouges vides suspendues dans des espaces publics comme un rappel visuel puissant des vies perdues. La journée comprend des marches, des veillées et des événements éducatifs pour honorer les personnes touchées et exiger des actions. Aux États-Unis, le 5 mai est également la Journée nationale de sensibilisation aux femmes et aux proches autochtones disparus et assassinés, établie par une résolution du Sénat en 2017. La Semaine nationale d’action entourant cette date élargit ces efforts de sensibilisation et de militantisme.
Que fait-on pour s’attaquer à la crise des FFADA ?
Les réponses incluent les 231 appels à la justice de l’Enquête nationale, qui forment la base des plans d’action. En juin 2021, le gouvernement du Canada, avec ses partenaires provinciaux, territoriaux et autochtones, a publié un Plan d’action national, qui inclut une Voie fédérale décrivant les engagements fédéraux. Des changements législatifs aux États-Unis, comme les réautorisations de 2013 et 2022 de la Loi sur la violence faite aux femmes, ont élargi la juridiction tribale pour poursuivre certains crimes dans les réserves. Le militantisme de base continue de pousser à des changements systémiques dans les services policiers, la collecte de données et les services sociaux. L’Assemblée des Premières Nations a également élaboré un Plan d’action national dirigé par les Premières Nations basé sur la participation directe des survivantes et des familles. Les défis actuels incluent l’obtention d’un financement adéquat et la garantie d’une mise en œuvre coordonnée de ces recommandations complexes.
Quelle est la situation des femmes autochtones aux États-Unis ?
Les femmes autochtones américaines font face à des taux extrêmes de violence, étant plus de deux fois plus susceptibles de subir de la violence que toute autre démographie. Une sur trois est agressée sexuellement au cours de sa vie, 67 % des agressions étant commises par des auteurs non autochtones. Dans certaines réserves, les taux de meurtre sont plus de dix fois supérieurs à la moyenne nationale. La réautorisation de 2013 de la Loi sur la violence faite aux femmes a accordé aux tribus la juridiction sur certains crimes de violence conjugale dans les réserves impliquant des auteurs non autochtones, un pouvoir élargi dans la réautorisation de 2022. En 2021, le ministère américain de l’Intérieur a créé une unité dédiée aux personnes disparues et assassinées au sein du Bureau des affaires indiennes. Le National Crime Information Center a signalé 5 712 femmes et filles autochtones disparues en 2016.
Sources et lectures complémentaires
- Femmes et filles autochtones disparues et assassinées (Wikipédia, en anglais)
- Missing and Murdered Indigenous Women and Relatives (niwrc.org)
- Murdered & Missing Indigenous Women & Girls (afn.ca)
- Missing and Murdered Aboriginal Women (cbc.ca)
- Missing and Murdered Indigenous Women, Girls, and ... (rcaanc-cirnac.gc.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-21.





