Le projet de loi sur les grands chantiers des libéraux dirigé vers un comité après un vote qui divise l'opposition
Les conservateurs ont appuyé le renvoi du projet de loi en comité pour y proposer des amendements, tandis que le NPD et les Verts s'y sont opposés.
Analyse
Le projet de loi économique d'envergure du gouvernement libéral, le C-39, a franchi une étape clé à la Chambre des communes jeudi, ouvrant la voie à son étude par un comité parlementaire spécial. Ce projet de loi, qui vise à accélérer les approbations pour les grands projets d'infrastructure et à modifier les lois fédérales sur le travail, a été adopté en deuxième lecture avec l'appui de l'opposition conservatrice. Le chef conservateur Pierre Poilievre a déclaré que son parti soutenait le renvoi du projet de loi en comité afin de proposer des amendements à ce qu'il a qualifié de texte « faible, édulcoré et longuement retardé ». Les néo-démocrates, le Bloc Québécois et le Parti vert ont voté contre la motion.
Poilievre a indiqué aux journalistes que son parti cherchera à amender le projet de loi pour accélérer les délais de décision sur les projets à une période située entre six mois et un an, éliminer le prix du carbone industriel et créer des « zones prêtes à l'emploi » avec des autorisations préalables. Il a également affirmé que les conservateurs introduiraient des mesures pour protéger les droits des travailleurs, sans toutefois donner de détails. « Nous allons présenter des amendements pour protéger les travailleurs, leurs emplois, leurs droits et les gens de la classe ouvrière qui bâtissent ce pays », a déclaré M. Poilievre. La Loi sur le renforcement du Canada, qui compte 243 pages, propose un examen unique pour les grands projets, à compléter en un an, étendant une approche précédemment réservée aux grandes infrastructures.
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Des critiques mettent en garde contre un excès de pouvoir et une exclusion
La formation du comité spécial est elle-même devenue un point de discorde. Le comité de 11 membres comprend six députés libéraux, quatre conservateurs et un membre du Bloc Québécois, donnant ainsi la majorité au gouvernement. Il ne comprend pas de représentant du NPD, qui ne possède pas le statut de parti officiel et n'obtient donc pas automatiquement de siège dans les comités permanents. Le leader parlementaire néo-démocrate, Don Davies, a déclaré avoir demandé au leader parlementaire du gouvernement, Steven MacKinnon, de permettre à son parti de participer, mais que sa demande a été rejetée, une décision que M. Davies a qualifiée de « fondamentalement antidémocratique ». La cheffe du Parti vert, Elizabeth May, a également indiqué avoir demandé à siéger, mais s'est vue refuser.
M. Davies a soutenu que l'exclusion était délibérée. « Nous pensons que les libéraux savent que si les néo-démocrates siègent au comité spécial, nous allons proposer des témoins, poser des questions, présenter des amendements, soulever des enjeux dont vous avez entendu parler ici et qu'ils ne veulent pas voir soulevés », a-t-il déclaré. Le comité ne doit pas se réunir avant le retour de la Chambre après la pause de l'Action de grâce, la semaine du 19 octobre, à moins que les membres n'adoptent une motion pour commencer plus tôt. La vice-présidente du Congrès du travail du Canada, Siobhan Vipond, s'est dite préoccupée par le fait qu'un comité spécial pourrait ne pas laisser suffisamment de temps pour un examen approfondi ou pour entendre assez de témoins.
Le travail et les droits autochtones au cœur du débat
Lors d'un point de presse avec des dirigeants syndicaux et des Premières Nations jeudi, M. Davies et le chef du NPD, Avi Lewis, ont demandé l'abandon pur et simple du projet de loi. M. Lewis a déclaré que la législation « doit être abandonnée » en raison des changements massifs qu'elle entraînerait et parce que le gouvernement n'a pas consulté adéquatement les communautés autochtones et d'autres groupes. Le projet de loi propose également des modifications au Code canadien du travail, introduisant un médiateur spécial et un critère d'intérêt national pour guider le moment où le ministre du Travail peut intervenir pour mettre fin à une grève ou à un lock-out en vertu de l'article 107. Les syndicats soutiennent que cela menace le droit fondamental des travailleurs de faire la grève. « Si le gouvernement choisit plutôt de donner aux employeurs les pouvoirs d'intervention qu'ils réclament, nous devrons tirer une conclusion très différente sur l'objectif de cette législation », a déclaré la présidente du CTC, Bea Bruske. Elle a affirmé que la possibilité d'une grève crée l'incitatif nécessaire au compromis à la table de négociation. Candace Rennick, secrétaire-trésorière nationale du Syndicat canadien de la fonction publique, a déclaré que le conseil exécutif de son syndicat avait décidé qu'il soutiendrait toute section locale qui défierait les ordres d'intervention. « Parce que ce sont les membres du SCFP, et eux seuls, qui devraient décider quand leurs lignes de piquetage se terminent », a-t-elle dit.
À l'inverse, les employeurs sous réglementation fédérale estiment que la législation ne va pas assez loin. Derrick Hynes, président et chef de la direction de FETCO, a déclaré que son organisation soutenait le médiateur spécial, mais souhaitait que le ministre du Travail ait le pouvoir d'intervenir avant le début d'un arrêt de travail. « Le seul domaine où nous estimons fermement que le projet de loi est insuffisant, c'est qu'il ne donne pas au ministre l'option d'agir de manière préventive avant qu'un arrêt de travail ne se produise », a déclaré M. Hynes. Il a rejeté les affirmations des syndicats selon lesquelles les modifications privent les travailleurs de leur droit de grève, soutenant plutôt que le projet de loi impose des limites plus claires aux pouvoirs existants du gouvernement.
Les dirigeants autochtones ont également exprimé de fortes objections lors du point de presse. La cheffe Shelly Moore-Frappier de la nation Teme Augama Anishinabek a déclaré que sa communauté n'était pas anti-développement, mais que le projet de loi ne devait pas être adopté tel quel. Elle a demandé des amendements pour obliger à obtenir le consentement autochtone pour les développements, éliminer les délais pour la consultation et exiger que les entreprises nettoient les anciens sites industriels. « On nous a dit que la voie rapide était temporaire. Le C-39 la prend et la rend permanente », a déclaré Mme Moore-Frappier, faisant référence à la première loi sur les grands projets du gouvernement Carney. Également jeudi, les Premières Nations de Cold Lake ont déposé une demande de contrôle judiciaire devant la Cour fédérale concernant la décision d'Ottawa de désigner le pipeline Pacific Link comme un projet d'intérêt national, accusant le gouvernement de ne pas avoir consulté de manière adéquate. Interrogé sur la manière dont il ferait respecter des délais serrés tout en donnant aux communautés autochtones suffisamment de temps pour examiner les propositions, M. Poilievre a déclaré que les peuples autochtones avaient déjà donné leur consentement à un programme d'infrastructures agressif. « Les peuples autochtones veulent construire, et je crois que les Autochtones canadiens peuvent être les gens les plus riches de la planète si nous débloquons nos ressources, écartons le gouvernement et nous mettons à construire », a déclaré M. Poilievre. Le gouvernement insiste sur le fait qu'il respectera son obligation de consulter les groupes autochtones et soutient que la législation ne menace pas le droit de grève.
Un député libéral exprime des inquiétudes de l'intérieur
Certaines préoccupations concernant la portée du projet de loi ont émergé au sein même du caucus libéral. Le député de Colombie-Britannique Patrick Weiler a exprimé des réserves lors du débat mardi, affirmant que s'il soutenait l'orientation générale du projet de loi, il n'était pas à l'aise avec le fait qu'il donne au Cabinet le pouvoir d'accélérer les délais des projets. Il a également averti que les délais d'un an pourraient compromettre l'obligation de consulter. « Étant donné que les pouvoirs conférés par ce projet de loi seraient permanents, il est important que, là où une nouvelle flexibilité ou discrétion est créée, le Parlement instaure des processus clairs et transparents », a déclaré M. Weiler. Il a finalement voté pour le projet de loi jeudi.
La cheffe du Parti vert, Elizabeth May, a fait écho aux préoccupations de M. Weiler, qualifiant le projet de loi de « fourre-tout des fourre-tout » et avertissant qu'il menace de piétiner l'environnement pour construire rapidement. « Une fois que le Cabinet décide qu'un projet ou une région indéfinie d'intérêt national a été décrété par le Cabinet, chaque décision future sera prise pour faire avancer le projet », a déclaré Mme May. « C'est tout à fait extraordinaire. » Elle a soutenu qu'aller vite conduit souvent à de mauvais résultats et à des dépassements de coûts. M. Lewis a déclaré que M. Weiler avait pris une « position courageuse » et a encouragé d'autres libéraux progressistes à s'exprimer. « Il y a des gens dans l'univers libéral progressiste qui sont consternés par cette législation et je les encourage à s'exprimer avant qu'il ne soit trop tard », a déclaré M. Lewis.
Avec des informations de La Presse canadienne, CBC News et National Post