Haida Gwaii
Haida Gwaii, anciennement connue sous le nom d'îles de la Reine-Charlotte, est un archipel situé au large de la côte nord du Pacifique en Colombie-Britannique. C'est la patrie ancestrale du peuple haïda, qui habite les îles depuis au moins 13 000 ans. Les îles sont renommées pour leur riche culture autochtone, leur écosystème unique de forêt pluviale tempérée et leur rôle important dans l'histoire du Nord-Ouest du Pacifique. Dans un geste historique, le gouvernement de la Colombie-Britannique a reconnu le titre ancestral haïda sur toutes les terres de Haida Gwaii en 2024, le premier accord provincial de ce genre au Canada.
Géographie et environnement
Haida Gwaii est situé entre 55 et 125 kilomètres au large de la côte de la Colombie-Britannique, séparé du continent par le détroit peu profond d'Hecate. Au nord, l'entrée Dixon, dont le statut est contesté, le sépare de l'archipel Alexandre en Alaska. L'archipel se compose de deux îles principales, l'île Graham au nord et l'île Moresby au sud, ainsi que d'environ 400 îles plus petites comme les îles Anthony, Burnaby, Langara, Lyell et Kunghit. Le paysage est dominé par une forêt pluviale tempérée côtière, modérée par le courant nord-pacifique, qui apporte de fortes précipitations et des températures douces toute l'année. Cet isolement a conduit à l'évolution de nombreuses sous-espèces uniques de plantes et d'animaux.
Les forêts comportent de grands arbres, notamment l'épinette de Sitka, le thuya géant de Californie, le cyprès de Nootka, le pin tordu latifolié, la pruche de l'Ouest, la pruche subalpine, l'if de l'Ouest et l'aulne rouge. Les sols sont variables, avec de la tourbe commune dans les zones mal drainées et des podzols matures dans les endroits bien drainés. Les principales zones protégées comprennent la réserve de parc national Gwaii Haanas et le site du patrimoine haïda, qui couvre la partie sud de l'île Moresby et les îles adjacentes, ainsi que le parc provincial Naikoon dans le nord-est de l'île Graham. L'accès à Gwaii Haanas est minimal, nécessitant un voyage en bateau ou en hydravion.
L'histoire écologique des îles est ancienne. Des recherches de l'Université Simon Fraser suggèrent qu'aux alentours de 55 000 avant notre ère, la région était probablement un environnement de toundra et de prairie basse peuplé de mammifères brouteurs comme le caribou et peut-être des mammouths, comme en témoignent des champignons coprophages trouvés dans de la tourbe ancienne. La glaciation du Pléistocène s'est retirée de Haida Gwaii vers 16 000 avant notre ère, soit environ 2 000 ans plus tôt que sur une grande partie de la côte. L'archipel abrite des sous-espèces fauniques distinctives, portant souvent le suffixe latin *carlottae*, comme l'ours noir de Haida Gwaii, plus grand que son cousin continental, et l'hermine de Haida, la plus petite sous-espèce d'hermine. Le célèbre Kiidk'yaas, ou Épinette dorée, une épinette de Sitka jaune génétiquement unique, était un repère notable près de la rivière Yakoun jusqu'à ce qu'elle soit abattue illégalement en 1997.

Histoire et archéologie
Les preuves archéologiques confirment une habitation humaine sur Haida Gwaii depuis au moins 13 000 ans. Des archéologues sous-marins de l'Université de Victoria étudient des structures de pierre découvertes en 2014 sur le fond marin du détroit d'Hecate qui pourraient remonter à 13 700 ans, représentant potentiellement les plus anciens signes d'habitation humaine connus au Canada. Les îles sont considérées comme une route potentielle pour les premières migrations humaines vers les Amériques selon l'hypothèse de la migration côtière du Pacifique. Les riches ressources terrestres et marines ont permis à la culture haïda distincte de se développer et de prospérer pendant des millénaires. Au moment du contact européen en 1774, la population haïda était estimée à environ 30 000 personnes, résidant dans plusieurs villes et incluant des populations d'esclaves issus d'autres clans et nations.
L'archipel a été aperçu pour la première fois par des Européens en 1774 par l'explorateur espagnol Juan José Pérez Hernández à l'île Langara. Le capitaine britannique George Dixon a cartographié les îles en 1787 et les a nommées îles de la Reine-Charlotte d'après son navire, lui-même nommé en l'honneur de la reine Charlotte, épouse du roi George III. Les îles ont joué un rôle central dans le commerce maritime des fourrures à la fin du 18e et au début du 19e siècle, dominé initialement par des commerçants américains. Les Haïdas ont activement défendu leur territoire, capturant et coulant des navires américains comme l'*Ino* en 1794 et retenant l'équipage du *Georgiana* contre rançon en 1851.
L'ère coloniale a apporté un déclin catastrophique de la population dû à des maladies introduites comme la variole, la fièvre typhoïde, la rougeole et la syphilis. La seule épidémie de variole dans le Nord-Ouest du Pacifique en 1862 a tué plus de 70 pour cent du peuple haïda. En 1915, la population avait chuté à environ 600 personnes, les survivants se regroupant dans des villages comme Skidegate et Masset ou déménageant vers des villages de conserveries sur le continent. En réponse à l'activité américaine accrue due à une ruée vers l'or sur l'île Moresby en 1851, les Britanniques ont créé la colonie des îles de la Reine-Charlotte, bien qu'elle ait été administrée conjointement avec la colonie de l'île de Vancouver par le gouverneur James Douglas.
Société, culture et langue haïdas
La société haïda traditionnelle est organisée en deux clans matrilinéaires principaux, l'Aigle et le Corbeau, chacun contenant plus de 20 lignages. L'appartenance au clan dicte la structure sociale, les règles de mariage et l'héritage des biens et des emblèmes. Le système de mariage transversal entre les clans était essentiel pour tisser des liens sociaux, transférer la richesse et collaborer à des projets comme la construction de maisons longues et la sculpture de mâts totémiques. L'identité culturelle haïda s'exprime puissamment à travers l'art, y compris la sculpture de mâts totémiques, de maisons longues, de masques, de canots de guerre et de boîtes en cèdre, qui affichent les emblèmes familiaux hérités. Les cérémonies de potlatch étaient et restent un point central de la vie haïda, renforçant l'organisation sociale, le statut et l'interdépendance des clans et des villages.
Les lignages étaient des groupes propriétaires, détenant des droits sur des cours d'eau à saumon spécifiques, des sites de piégeage, des peuplements de cèdres, des tronçons de littoral et des emplacements de maisons. Les Haïdas étaient des commerçants habiles et des marins réputés, avec des liens commerciaux établis avec les Premières Nations voisines du continent jusqu'en Californie, échangeant des articles comme l'eulakane. Ils menaient également des raids à l'aide de grands canots de haute mer jusqu'à l'État de Washington. La langue haïda est un isolat linguistique avec deux dialectes principaux : le X̲aad Kíl (Masset) au nord et dans certaines régions du sud-est de l'Alaska, et le X̲aayda Kil (Skidegate) au sud. Les 50 locuteurs restants du haïda ont tous plus de 70 ans. Le Centre du patrimoine haïda à Kaay Ilnygaay à Skidegate sert de plaque tournante culturelle et offre des programmes éducatifs en partenariat avec des institutions comme l'Université du Nord de la Colombie-Britannique.
- Structure sociale : Clans matrilinéaires : Aigle et Corbeau, avec plus de 20 lignages chacun.
- Expression culturelle : Mâts totémiques, maisons longues, masques, potlatchs, art des emblèmes.
- Économie : Historiquement basée sur la pêche, la chasse, le commerce et la gestion des ressources des propriétés appartenant aux lignages.
- État de la langue : En danger. Le recensement de 2021 a enregistré 220 personnes ayant des connaissances, mais les locuteurs fluides sont moins d'une douzaine pour le X̲aad Kíl.
- Art : L'œuvre d'art *L'Esprit de Haida Gwaii* de Bill Reid a figuré sur le billet de 20 $ canadien de 2004 à 2011.

Gouvernance et plaidoyer politique
Le Conseil de la Nation haïda (CNH) a été établi en 1974 avec le mandat de lutter pour l'indépendance, la souveraineté et l'autosuffisance complètes de la Nation haïda. Il représente la volonté collective du peuple haïda, travaillant aux côtés des deux conseils de village : le Conseil du village de Old Massett et le Conseil de bande de Skidegate. Le CNH a été une force politique redoutable, affirmant constamment le titre et les droits haïdas sur leurs territoires traditionnels. Des décennies de négociation et de pression politique ont abouti à l'accord historique sur les terres à titre haïda Gaayhllxid/Gíihlagalgang « Rising Tide » signé avec la province de la Colombie-Britannique en avril 2024. Cet accord marque la première fois dans l'histoire du Canada qu'un gouvernement provincial reconnaît le titre ancestral autochtone sur l'ensemble d'un territoire terrestre en dehors d'une décision judiciaire. Il fait suite aux reconnaissances judiciaires du titre pour la Nation Tŝilhqot’in en 2014 et la Première Nation Nuchatlaht en avril 2024. L'accord a été formellement signé par le premier ministre Justin Trudeau et le président de la Nation haïda, Gaagwiis Jason Alsop, lors d'une cérémonie publique à Skidegate le 17 février 2025.
Vie contemporaine, économie et infrastructure
Aujourd'hui, environ 4 500 personnes vivent à Haida Gwaii, le peuple haïda constituant environ 45 pour cent de la population. Environ 70 pour cent de la population autochtone réside dans les deux principales communautés de Skidegate et Old Massett, chacune comptant environ 700 personnes. L'économie est mixte, historiquement dépendante des ressources naturelles comme la pêche commerciale et l'exploitation forestière. Au cours des dernières décennies, le tourisme a considérablement augmenté, englobant les guides de pêche, le tourisme d'aventure, le vélo, le camping et le tourisme culturel autochtone centré sur le Centre du patrimoine haïda. Les industries de services et les emplois gouvernementaux fournissent environ un tiers de tous les emplois. La Nation haïda travaille activement à construire une économie basée sur la conservation, en se concentrant sur la gestion durable des forêts côtières et des pêcheries.
L'éducation publique est assurée par le district scolaire 50 Haida Gwaii, avec des écoles primaires et secondaires à Masset, Port Clements, Daajing Giids, Sandspit et Skidegate. Le Conseil du village de Old Massett exploite l'école Chief Matthews, une école de la maternelle à la 5e année qui s'étend à la 6e année pour l'année scolaire 2023-2024. Les soins de santé sont dispensés par Northern Health, avec deux hôpitaux principaux : le Northern Haida Gwaii Hospital and Health Centre à Masset ouvert en 2008, et le Haida Gwaii Hospital and Health Centre à Daajing Giids ouvert en novembre 2016. Il y a quatre postes de la British Columbia Ambulance Service dotés d'environ 36 intervenants médicaux d'urgence occasionnels et d'un paramédic communautaire à temps partiel basé à Masset.
| Lien de transport | Type | Emplacement/Détails |
|---|---|---|
| BC Ferries | Maritime | Skidegate à Prince Rupert (MV Northern Adventure). Skidegate à Alliford Bay (île Moresby) |
| Route 16 | Routier | Segment le plus à l'ouest de la route Yellowhead sur l'île Graham (120 km de route) |
| Aéroport de Sandspit | Aérien | Aéroport principal sur l'île Moresby |
| Aéroport de Masset | Aérien | Aéroport sur l'île Graham nord |
| Services d'hydravion | Aérien | Relient les hydrobases d'Alliford Bay et de Masset |
| Routes de l'île Moresby | Routier | Seulement 20 km de route pavée le long de la côte |

Événements notables et enjeux environnementaux
Au-delà de l'accord sur le titre, plusieurs événements ont façonné le Haida Gwaii moderne. En juillet 2012, l'entrepreneur Russ George, avec le financement du Conseil du village de Old Massett, a dispersé 100 tonnes de poussière de sulfate de fer dans l'océan à l'ouest de Haida Gwaii dans une expérience controversée de géo-ingénierie commercialisée comme un projet d'amélioration du saumon. La Haida Salmon Restoration Corporation a destitué George de son poste d'administrateur en mai 2013 suite à des accusations de procédures non scientifiques et de violations de moratoires internationaux. Bien que les montaisons de saumon de 2013 aient augmenté, les scientifiques n'ont trouvé aucune preuve concluante liant l'augmentation à la fertilisation par le fer, les recherches sur 13 grandes expériences en haute mer depuis 1990 concluant que la méthode n'est pas prouvée. Les îles ont également été le site d'un acte significatif de réconciliation par le biais du changement de nom officiel, qui a impliqué une cérémonie de « retour du nom » où le nom a été écrit sur du papier, placé dans une boîte en bois cintré et remis au premier ministre de la Colombie-Britannique.
L'archipel contient des repères culturels importants, notamment le village de Ninstints sur l'île Anthony (SGang Gwaay), un site du patrimoine mondial de l'UNESCO inscrit en 2006. Le site est reconnu pour ses vestiges préservés de village haïda et ses mâts commémoratifs. Les Haïdas continuent de gérer leurs terres par le biais de programmes de Gardiens et d'initiatives économiques durables. Les îles sont situées le long de la faille Reine-Charlotte, une faille transformante active qui produit des tremblements de terre importants tous les 3 à 30 ans. Des séismes majeurs se sont produits en 1949 et 2012.
- 2006 : SGang Gwaay (Ninstints) désigné site du patrimoine mondial de l'UNESCO.
- 2010 : Loi sur la réconciliation de Haida Gwaii change officiellement le nom de l'archipel.
- 2012 à 2013 : Expérience controversée de fertilisation de l'océan au fer menée et ensuite désavouée.
- 2024 : La Colombie-Britannique signe l'accord sur les terres à titre haïda Rising Tide, reconnaissant le titre ancestral.
- Février 2025 : Le premier ministre Justin Trudeau et le président Gaagwiis Jason Alsop signent formellement l'accord à Skidegate.
- Tremblements de terre : Des événements sismiques majeurs se sont produits en 1949 et 2012 en raison de la faille Reine-Charlotte.
Haida Gwaii : questions fréquentes
Où se trouve Haida Gwaii ?
Haida Gwaii est un archipel situé au large de la côte nord du Pacifique en Colombie-Britannique, au Canada. Il est situé entre 55 et 125 kilomètres du continent, séparé par le détroit d'Hecate. Les îles se trouvent au sud de l'archipel Alexandre en Alaska, de l'autre côté de l'entrée Dixon. L'archipel se compose de deux îles principales, Graham et Moresby, et d'environ 400 îles plus petites avec une masse terrestre totale de 10 180 kilomètres carrés.
Que signifie le nom Haida Gwaii ?
Haida Gwaii signifie « îles du peuple » en langue haïda. C'est un nom moderne créé au début des années 1980 pour remplacer le nom colonial îles de la Reine-Charlotte. Le changement de nom a été officiellement promulgué par la Loi sur la réconciliation de Haida Gwaii le 3 juin 2010. Un ancien nom haïda, Xaadala Gwayee ou Xhaaidlagha Gwaayaai, se traduit par « îles à la limite du monde ».
Qui sont les Haïdas ?
Les Haïdas sont une nation autochtone dont les ancêtres ont vécu à Haida Gwaii pendant au moins 13 000 ans. Leur société est traditionnellement organisée en deux clans matrilinéaires, l'Aigle et le Corbeau, connus pour leurs riches traditions artistiques, y compris la sculpture de mâts totémiques et de maisons longues. Les Haïdas étaient des marins et des commerçants habiles. Aujourd'hui, les Haïdas constituent environ 45 pour cent de la population des îles, soit environ 4 500 personnes. Lors du recensement de 2021, 4 260 personnes ont déclaré une ascendance haïda.
Quel était l'accord de 2024 sur les terres à titre haïda ?
L'accord sur les terres à titre haïda Gaayhllxid/Gíihlagalgang « Rising Tide », signé en avril 2024, est la première fois qu'un gouvernement provincial canadien reconnaît le titre ancestral autochtone sur l'ensemble d'un territoire terrestre en dehors d'une décision judiciaire. Cet accord a transféré le titre sur plus de 200 îles au large de la côte ouest du Canada au peuple haïda. La Colombie-Britannique a complété ce transfert en 2024 après des décennies de négociation. Le premier ministre Justin Trudeau et le président de la Nation haïda, Gaagwiis Jason Alsop, ont formellement signé l'accord lors d'une cérémonie publique à Skidegate le 17 février 2025.
Que peut-on voir et faire à Haida Gwaii ?
Haida Gwaii offre des expériences culturelles et écologiques uniques. Les visiteurs peuvent explorer le site du patrimoine mondial de l'UNESCO de SGang Gwaay (Ninstints) sur l'île Anthony, qui présente des vestiges préservés de village haïda et des mâts totémiques. Le Centre du patrimoine haïda à Kaay Ilnygaay à Skidegate est une attraction culturelle majeure. Les activités de plein air comprennent la pêche, le kayak, la randonnée dans les forêts pluviales tempérées de la réserve de parc national Gwaii Haanas et l'observation de la faune pour des sous-espèces endémiques comme l'ours noir de Haida Gwaii.
Comment se rendre à Haida Gwaii ?
Les principaux liens de transport avec le continent de la Colombie-Britannique se font par BC Ferries et par avion. BC Ferries assure un service régulier entre Skidegate sur l'île Graham et Prince Rupert sur le continent. Il y a des aéroports à Sandspit sur l'île Moresby et à Masset sur l'île Graham, avec des vols depuis Vancouver et Prince Rupert. Sur les îles, il y a environ 120 kilomètres de route sur l'île Graham et seulement 20 kilomètres de route pavée sur l'île Moresby.
Sources et lectures complémentaires
- Haida Gwaii (Wikipédia, en anglais)
- Council of the Haida Nation (haidanation.ca)
- Haida Nation (coastalfirstnations.ca)
- 'Groundbreaking': The Haida get their land back (thenarwhal.ca)
- Haida (thecanadianencyclopedia.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-25.





