Wiki Histoire du Canada
Casinos
Casinos de A à Z
Lieux
vendredi 23 octobre 2026 Actualités et politique nationales

Déclaration canadienne des droits

La Déclaration canadienne des droits est une loi fédérale adoptée le 10 août 1960 sous le gouvernement du premier ministre John Diefenbaker. Elle a été la première loi fédérale au Canada à protéger explicitement les droits de la personne et les libertés fondamentales. Son importance réside dans son rôle de précurseur fondateur, bien que limité, de la Charte canadienne des droits et libertés, enchâssée plus tard dans la Constitution. Bien qu'elle soit toujours en vigueur, son application est restreinte aux lois fédérales et elle a été largement supplantée par la Charte en 1982.

Contexte historique et élaboration

La pression pour une déclaration des droits nationale au Canada est née en réponse à des décennies de violations des libertés civiles et à un militantisme croissant, tant au pays qu'à l'étranger. Durant les deux guerres mondiales, le gouvernement fédéral a utilisé la Loi sur les mesures de guerre pour suspendre des droits comme l'habeas corpus, entraînant l'internement de milliers de Canadiens. En 1919, le gouvernement a ajouté l'article 98 au Code criminel, élargissant les lois sur la sédition en réaction à l'agitation ouvrière comme la grève générale de Winnipeg. Ces événements ont mis en lumière la vulnérabilité des droits sans protection juridique explicite. Le mouvement international pour les droits de la personne a pris un puissant élan avec l'adoption par les Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, rédigée en partie par le professeur de droit canadien John Peters Humphrey.

Au pays, la pionnière Déclaration des droits de la Saskatchewan, adoptée en 1947, a fourni un modèle provincial direct. Elle interdisait la discrimination en matière d'emploi et de services et protégeait les libertés de conscience et d'association. Cette législation a été influencée par des propositions antérieures de John Diefenbaker, alors député de Prince Albert, et a à son tour façonné sa vision d'une loi fédérale. Des comités parlementaires ont étudié l'idée d'une déclaration des droits nationale à trois reprises entre 1948 et 1950, mais l'ont rejetée, des figures comme le ministre de la Justice James Ilsley soutenant qu'elle limiterait indûment la souveraineté parlementaire. Ces rejets répétés par le Parlement ont préparé le terrain pour la poussée ultérieure de Diefenbaker pour faire adopter la loi une décennie plus tard, lorsqu'il est arrivé au pouvoir. La common law canadienne reconnaissait déjà une déclaration des droits implicite avant le statut de 1960.

The Centre Block, Canadian Parliament building, with the Peace Tower in front, Ottawa, Southern Ontario.
Photo : Saffron Blaze / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Rôle et motivation de John Diefenbaker

Le premier ministre John Diefenbaker a été la force motrice incontestable derrière la Déclaration canadienne des droits, un projet qu'il a qualifié comme l'une de ses réalisations les plus fières. Diefenbaker, dont le père était un immigrant allemand, a été témoin de préjugés contre les nouveaux arrivants, les Canadiens français et les peuples autochtones dans la région de la Saskatchewan où il a grandi. Il a déclaré plus tard qu'avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, seules les personnes d'origine anglaise ou française semblaient être considérées comme des citoyens de première classe. Cette exposition précoce l'a conduit à consacrer sa carrière au principe de l'égalité pour tous les Canadiens, et il a commencé à rédiger sa version d'une déclaration des droits dès 1936, quatre ans avant son élection au Parlement.

Comme jeune avocat à Wakaw, en Saskatchewan, il a bâti une pratique centrée sur les causes relatives aux droits de la personne. Il a plaidé publiquement pour la nécessité de prendre une position ferme contre la discrimination fondée sur la couleur, la croyance ou l'origine raciale, déclarant lors d'un forum public en 1950 que les libertés individuelles étaient menacées par l'État. Après être devenu premier ministre à la suite de l'élection de 1957, il a tenu cette promesse de longue date en présentant la Déclaration des droits au Parlement en 1960, la voyant comme un moyen d'accorder aux Canadiens de toutes origines les mêmes droits et privilèges. Les étapes clés du parcours de Diefenbaker vers la Déclaration incluent :

  • 1936 : commence à rédiger sa déclaration des droits personnelle.
  • 16 mars 1950 : plaide publiquement pour une déclaration des droits lors d'un forum, affirmant que les libertés étaient menacées par l'État.
  • 1957 : milite pour une déclaration des droits durant la campagne électorale fédérale qui l'a porté au pouvoir.
  • 1960 : présente la Déclaration canadienne des droits comme premier ministre.
  • 10 août 1960 : voit la Déclaration canadienne des droits recevoir la sanction royale.
Vidéo : Canadian Bill of Rights I Canadian Constitutional Law (LEGALEYE, YouTube)

Dispositions clés et droits protégés

La Déclaration canadienne des droits reconnaît et déclare un ensemble de droits et libertés fondamentaux de la personne qui existent au Canada sans discrimination fondée sur la race, l'origine nationale, la couleur, la religion ou le sexe. Ses droits substantiels sont principalement énoncés dans ses deux premières sections. L'article 1a) garantit à la personne le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité de sa personne et à la jouissance de ses biens, une combinaison qui n'est pas entièrement reprise dans la Charte ultérieure. L'article 1b) affirme le droit à l'égalité devant la loi et à la protection de la loi. La Déclaration protège également les libertés de religion, de presse, d'expression et d'association, qui ont été explicitement énumérées plus tard dans la Charte. L'article 2 contient une liste détaillée de droits juridiques spécifiques que les lois fédérales ne doivent pas enfreindre, fonctionnant comme une directive sur la manière dont toutes les lois fédérales doivent être interprétées et appliquées.

Les droits énumérés à l'article 2 incluent la protection contre la détention, l'emprisonnement ou l'exil arbitraires et la protection contre les traitements ou peines cruels et inusités. Il garantit le droit, lors d'une arrestation ou d'une détention, d'être informé des motifs, de retenir les services d'un avocat sans délai et de bénéficier de l'habeas corpus. L'article affirme également le droit de ne pas être contraint de témoigner si on se voit refuser un avocat ou la protection contre l'auto-incrimination, le droit à une audition équitable conformément aux principes de justice fondamentale, et le droit d'être présumé innocent jusqu'à preuve du contraire lors d'une audition publique équitable. Une caractéristique cruciale de l'article 2 est sa formulation « nonobstant », qui stipule que toute loi du Canada doit être appliquée de manière à ne pas enfreindre ces droits, à moins qu'une loi du Parlement ne déclare expressément qu'elle s'appliquera nonobstant la Déclaration des droits. L'article 3 de la Déclaration crée une sauvegarde procédurale, exigeant que le ministre de la Justice examine tous les nouveaux projets de loi et règlements gouvernementaux pour vérifier leur conformité avec les objectifs de la Déclaration et qu'il signale toute incompatibilité à la Chambre des communes. La Déclaration protège plusieurs droits spécifiques qui ne se retrouvent pas tous ensemble dans une autre loi canadienne :

  • Le droit à la jouissance de ses biens (article 1a)).
  • Le droit à l'égalité devant la loi et à la protection de la loi (article 1b)).
  • Le droit de retenir les services d'un avocat et de lui donner instruction sans délai lors d'une arrestation (article 2c)ii)).
  • Le droit à une audition équitable conformément aux principes de justice fondamentale (article 2e)).
  • Le droit à la présomption d'innocence (article 2f)).
  • Le droit à l'assistance d'un interprète dans les procédures (article 2g)).
  • Le droit à une mise en liberté sous caution raisonnable sans motif valable (article 2f)).
  • Le droit à la protection contre l'auto-incrimination lorsqu'on est contraint de témoigner (article 2d)).

Limitations juridiques et interprétation judiciaire

Malgré ses objectifs ambitieux, la Déclaration canadienne des droits s'est avérée comporter des limitations juridiques importantes qui ont entravé son efficacité dès le départ. La limitation la plus profonde était son statut de loi fédérale ordinaire, et non de document constitutionnel. Cela signifiait qu'elle ne liait que le gouvernement fédéral et ne s'appliquait qu'aux matières de compétence fédérale telles que définies par l'article 91 de la Loi constitutionnelle de 1867. Elle ne s'appliquait pas aux lois provinciales, une lacune majeure dans une fédération où les provinces détiennent des pouvoirs importants dans des domaines comme l'éducation, la propriété et les droits civils. Comme elle n'était pas enchâssée dans la Constitution, un débat juridique existait quant à savoir si un Parlement futur pouvait simplement l'abroger ou la contourner. Les tribunaux l'ont généralement interprétée avec prudence, la traitant comme un outil d'interprétation plutôt que comme un moyen d'invalider les lois contradictoires. Les juges ont souvent employé une doctrine de « révocation implicite », suggérant qu'une nouvelle loi fédérale pouvait prévaloir sur la Déclaration des droits si l'intention du Parlement était claire. Cela a conduit à plusieurs déceptions très médiatisées pour les défenseurs des droits, notamment dans les affaires Bliss c. Canada (PG) et Canada (PG) c. Lavell. Une exception notable où elle a été utilisée pour invalider une loi fut l'arrêt R c. Drybones. Entre 1960 et 1982, la Déclaration a été invoquée dans 35 causes, les tribunaux en rejetant l'application dans trente d'entre elles, un bilan qui démontrait son pouvoir judiciaire limité et alimentait la demande pour une charte constitutionnelle plus forte.

Lien avec la Charte canadienne des droits et libertés

Les lacunes reconnues de la Déclaration canadienne des droits ont été le principal catalyseur de la création d'une charte constitutionnellement enchâssée. Le mouvement pour le rapatriement de la constitution comprenait une forte poussée pour une déclaration des droits plus robuste et universellement applicable. Cela a culminé le 17 avril 1982 avec la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, qui incluait la Charte canadienne des droits et libertés comme première partie. La Charte a corrigé les faiblesses fondamentales de la Déclaration des droits en faisant partie de la loi suprême du Canada, en s'appliquant à la fois aux gouvernements fédéral et provinciaux, et en donnant aux tribunaux le pouvoir clair d'invalider les lois incompatibles. Bien que la Charte ait supplanté la Déclaration des droits comme principal gardien des droits au Canada, le statut de 1960 reste en vigueur et conserve une pertinence de niche.

Son utilité continue la plus significative réside dans sa protection du droit à la « jouissance de ses biens », un droit qui n'est pas explicitement inclus dans la Charte. Par conséquent, la Déclaration des droits est encore invoquée dans les causes judiciaires concernant des questions de propriété relevant de la compétence fédérale. La Charte a également élargi et affiné de nombreux droits d'abord articulés dans la Déclaration, comme en énumérant explicitement les libertés fondamentales à l'article 2 et en offrant une garantie plus complète des droits à l'égalité à l'article 15. Les principales différences qui ont fait de la Charte un instrument plus puissant incluent :

  • L'enchâssement constitutionnel en tant que partie de la loi suprême, contre le statut de loi ordinaire de la Déclaration.
  • L'application aux gouvernements fédéral et provinciaux, contre la portée strictement fédérale de la Déclaration.
  • Le pouvoir explicite pour les tribunaux d'invalider les lois incompatibles, contre le rôle interprétatif plus faible de la Déclaration.
  • Une garantie des droits à l'égalité plus détaillée et exécutoire à l'article 15.
  • La Charte inclut des droits à la mobilité, que la Déclaration ne contient pas.

Signification durable et pertinence moderne

La Déclaration canadienne des droits occupe une place importante dans l'histoire juridique et politique du Canada en tant que document fondateur des droits de la personne. Elle représentait un pas symbolique monumental, déclarant formellement l'engagement du Parlement envers l'égalité et les libertés fondamentales pour tous les Canadiens. Pour son époque, c'était une affirmation révolutionnaire que l'État doit respecter les droits individuels, et elle a contribué à cultiver une culture nationale de conscience des droits. La Déclaration est considérée comme une proclamation symbolisant une histoire de dévouement aux libertés civiles, même si ses moyens d'action juridiques étaient faibles. Son préambule, affirmant la suprématie de Dieu, la dignité de la personne humaine et le rôle de la famille, reflète les fondements philosophiques de son temps.

En termes pratiques, l'application moderne de la Déclaration est limitée mais non obsolète. Elle continue de servir d'outil pour interpréter les lois fédérales et peut être invoquée dans les cas où ses protections, comme les droits de propriété, dépassent celles de la Charte. L'exigence procédurale que le ministre de la Justice vérifie la conformité de la législation demeure opérationnelle. L'histoire de la Déclaration offre une leçon cruciale dans le développement constitutionnel canadien, illustrant pourquoi un simple statut était insuffisant et démontrant le parcours politique et juridique vers une véritable charte constitutionnelle suprême. Elle est le précurseur direct de l'un des documents les plus définissants du Canada, la Charte des droits et libertés.

Déclaration canadienne des droits : questions fréquentes

Qu'est-ce que la Déclaration canadienne des droits ?

La Déclaration canadienne des droits est une loi fédérale adoptée le 10 août 1960. Elle a été la première loi fédérale au Canada à protéger explicitement les droits de la personne et les libertés fondamentales comme la vie, la liberté, la sécurité, la propriété, l'égalité et des droits juridiques spécifiques. Présentée par le premier ministre John Diefenbaker, il s'agit d'une loi ordinaire du Parlement. Son importance première aujourd'hui est d'être le précurseur historique de la Charte canadienne des droits et libertés, et elle reste en vigueur pour certaines questions fédérales.

En quoi la Déclaration des droits diffère-t-elle de la Charte des droits et libertés ?

Les différences clés sont la portée juridique et le pouvoir. La Déclaration des droits est une loi fédérale qui ne s'applique qu'au gouvernement fédéral, tandis que la Charte fait partie de la Constitution et s'applique à tous les niveaux de gouvernement. La Charte permet aux tribunaux d'invalider les lois incompatibles, alors que les tribunaux hésitaient à le faire sous la Déclaration des droits. La Charte inclut également des droits explicits absents de la Déclaration, comme les droits à la mobilité, mais la Déclaration protège de manière unique le droit à la jouissance de ses biens.

La Déclaration canadienne des droits est-elle toujours en vigueur aujourd'hui ?

Oui, la Déclaration canadienne des droits reste en vigueur en tant que loi fédérale. Cependant, son utilisation pratique est limitée parce que la plupart de ses protections sont couvertes de manière plus robuste par la Charte canadienne des droits et libertés. Elle est encore invoquée dans des causes judiciaires, particulièrement celles impliquant des droits de propriété relevant de la compétence fédérale, car la Charte ne protège pas explicitement les droits de propriété. Le ministre de la Justice continue également d'examiner les nouveaux projets de loi pour leur conformité avec la Déclaration des droits.

Pourquoi la Déclaration des droits était-elle considérée comme inefficace ?

La Déclaration des droits était considérée comme inefficace pour plusieurs raisons interconnectées. En tant que loi fédérale, elle ne s'appliquait pas aux lois provinciales, créant une lacune majeure. Les tribunaux la traitaient largement comme un simple guide d'interprétation et hésitaient à l'utiliser pour invalider les lois fédérales contradictoires, comme on l'a vu dans des causes comme Lavell et Bliss. Son statut de loi ordinaire signifiait également qu'un Parlement futur pouvait facilement la contourner. Ces limitations ont directement motivé la poussée pour une charte constitutionnellement enchâssée.

Quel rôle John Diefenbaker a-t-il joué dans la création de la Déclaration des droits ?

John Diefenbaker a été la figure centrale de la création de la Déclaration canadienne des droits. Il a commencé à la rédiger dès 1936, motivé par des expériences personnelles de discrimination. En tant que député, il a plaidé constamment pour une telle loi. Après être devenu premier ministre en 1957, il a tenu cette promesse de longue date en présentant et en faisant adopter la Déclaration par le Parlement jusqu'à ce qu'elle reçoive la sanction royale en 1960. La Déclaration des droits de la Saskatchewan de 1947 a également influencé sa vision.

Sources et lectures complémentaires

Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-23.

Articles connexes