Starlight tours (tournées à la belle étoile)
Les « starlight tours » (ou « tours d'étoiles ») désignent une pratique policière consistant à détenir et à abandonner des Autochtones, principalement des hommes, dans des zones éloignées par grand froid. Le terme fait spécifiquement référence à une série d'incidents impliquant le Service de police de Saskatoon documentés d’au moins 1976 à 2018, bien que des allégations existent dans d'autres provinces. Ces actions ont entraîné au moins trois décès confirmés par hypothermie : Neil Stonechild, Rodney Naistus et Lawrence Wegner. Le cas du survivant Darrell Night, qui a mené aux seules condamnations criminelles, a attiré l'attention nationale sur cette pratique, provoquant des enquêtes judiciaires et des œuvres culturelles.
Contexte historique et premiers cas
La pratique maintenant connue sous le nom de « starlight tours » était un secret de polichinelle dans les communautés autochtones depuis des décennies avant d'être officiellement reconnue. Le premier cas reconnu par la direction policière est survenu en 1976, lorsqu'un agent du Service de police de Saskatoon a été discipliné pour avoir conduit une femme autochtone en périphérie de la ville et l'y avoir abandonnée. Le chef de police Russell Sabo l'a admis en 2003, confirmant que la pratique avait des racines historiques. La mort du jeune Neil Stonechild, 17 ans, en 1990, a marqué un tournant, bien qu'elle ait été insuffisamment enquêtée à l'époque. Stonechild a été vu pour la dernière fois le 24 novembre 1990, le visage ensanglanté, à l'arrière d'une voiture de police. Son corps gelé a été retrouvé cinq jours plus tard dans un champ au nord-ouest de la ville, où la température avait atteint -28,1 °C. L'enquête policière a conclu sans preuve de crime, une conclusion plus tard discréditée. L'enquête de 2003 sur sa mort n'a pas pu déterminer les circonstances qui y ont conduit.

La série de 2000 : décès, survie et exposition
Janvier 2000 a été le théâtre d'une série d'événements critiques qui ont forcé la révélation publique des « starlight tours ». Le 28 janvier, Darrell Night, membre de la Première Nation de Saulteaux, a été pris en charge par les constables Dan Hatchen et Ken Munson. Conduit dans une zone industrielle près de la centrale Queen Elizabeth par une température de -22 °C, vêtu seulement d'une veste en jean légère, Night s'est entendu dire que son risque de gelure était « ton p\.-de problème » avant que les agents ne repartent. Il a survécu en frappant à la porte de la centrale jusqu'à ce qu'un travailleur l'entende. En quelques jours, les corps gelés de deux hommes autochtones ont été découverts dans la même zone générale. Rodney Naistus, 25 ans, a été retrouvé le 29 janvier, et Lawrence Wegner, 30 ans, le 3 février. La proximité de ces trois incidents, une survie et deux décès, a rendu le schéma indéniable. La décision de Night de signaler son expérience après avoir appris les décès a déclenché une enquête de la GRC et des enquêtes du coroner distinctes sur les morts. Les enquêtes de 2001 et 2002 ont conclu que Naistus et Wegner étaient morts d'hypothermie, mais ont été jugées non concluantes, les jurys se concentrant sur des recommandations pour améliorer les politiques policières et les relations avec les Autochtones.
Procédures judiciaires et la seule condamnation
L'affaire criminelle découlant de l'abandon de Darrell Night représente la seule poursuite réussie liée aux « starlight tours ». Les constables Dan Hatchen et Ken Munson ont été accusés et jugés en 2001. Ils ont affirmé avoir donné un lift à Night à sa demande, une version que le tribunal a rejetée. En septembre 2001, ils ont été reconnus coupables de séquestration illégale. Le prononcé de la peine en novembre 2001 a abouti à des peines de huit mois de prison pour les deux agents, et ils ont été renvoyés du Service de police de Saskatoon. La Cour d'appel de la Saskatchewan a confirmé leurs condamnations en 2003. Dans sa déclaration d'impact sur la victime, Night a déclaré que les agents « m'ont donné une perspective différente envers la police. Je n'ai aucune confiance envers les policiers. » Aucun agent de police n'a jamais été accusé de meurtre ou d'homicide involontaire pour un décès lié à un « starlight tour ». Dans une affaire distincte mais connexe, un homme autochtone a été condamné à quatre mois d'emprisonnement en 2016 pour avoir faussement signalé un incident de « starlight tour ».
Enquêtes judiciaires et recommandations officielles
La mort de Neil Stonechild a été réexaminée à la suite des incidents de 2000. Cela a mené à une Commission d'enquête officielle établie par la province de la Saskatchewan. Le rapport de 2004 de la commission a vivement critiqué l'enquête policière originale sur la mort de Stonechild. La commission a confirmé que Stonechild était en garde à vue avant sa mort, mais n'a pas pu déterminer les circonstances exactes. Elle a émis huit recommandations spécifiques pour réformer le Service de police de Saskatoon et améliorer les relations entre la police et les Autochtones.
- Augmenter le nombre d'agents de police autochtones au sein du SPS.
- Désigner un agent de la paix autochtone comme agent de liaison avec le grade de sergent.
- Améliorer la formation sur les relations raciales et interculturelles pour tous les agents.
- Mettre en œuvre une meilleure formation en gestion de la colère.
- Établir des procédures de plainte du public contre la police plus claires et plus accessibles.
- Améliorer les protocoles pour traiter les personnes en état d'ébriété.
- Renforcer les capacités d'enquête interne du service de police.
- Renforcer les mécanismes de responsabilisation et de surveillance.
Les recommandations demandaient également des procédures de plainte du public plus claires, des protocoles améliorés pour traiter les personnes en état d'ébriété, des capacités d'enquête interne renforcées et des mécanismes de responsabilisation renforcés.
Étendue géographique et allégations contemporaines
Bien que Saskatoon reste l'épicentre des cas documentés, des preuves indiquent que le phénomène ou la crainte de celui-ci est répandu. Des allégations et des rapports ont émergé de plusieurs provinces, souvent partagés par les réseaux communautaires ou les médias sociaux plutôt que par les canaux officiels. En 2016, la police de Brandon, au Manitoba, a demandé à une force extérieure d'enquêter sur une allégation sur les réseaux sociaux selon laquelle des agents avaient fait subir un « starlight tour » à un homme autochtone. Un cas de 2019 impliquait Jeremiah Skunk de la Première Nation de Mishkeegogamang, qui a rapporté qu'un agent de la Police provinciale de l'Ontario l'avait laissé sur une autoroute sous une chaleur intense, le forçant à marcher longtemps. En avril 2018, Ken Thomas a allégué que la police de Saskatoon l'avait déposé en dehors des limites de la ville la nuit dans le froid, mais la Commission des plaintes du public a jugé l'allégation non fondée après que le chef de police Troy Cooper ait cité des preuves vidéo contradictoires. Une vidéo TikTok de 2023 discutant de la pratique a incité des centaines d'utilisateurs à partager des récits personnels ou familiaux, démontrant sa présence durable dans la mémoire communautaire.
Représentations culturelles et médiatiques
Les « starlight tours » ont inspiré un corpus important d'œuvres artistiques. Le documentaire de l'Office national du film Two Worlds Colliding (2004), réalisé par Tasha Hubbard, a remporté le Prix du Canada et présentait le témoignage de Darrell Night. Les films dramatiques incluent Out in the Cold, un drame d'une demi-heure avec Gordon Tootoosis. Un épisode de la série télévisée Tribal intitulé « Starlight, Starbright » a dramatisé le concept. Les réponses musicales sont nombreuses : la chanson de Propagandhi de 2005 « Bringer of Greater Things » est dédiée à Naistus, Stonechild et Wegner. Kris Demeanor a écrit « One Shoe » sur Stonechild, et la chanson « Starlight » des Wailin' Jennys s'est inspirée des « tours ». En 2017, l'artiste mi'kmaq Cathy Elliott a terminé un atelier de cinq semaines avec des étudiants du Sheridan College pour développer la comédie musicale Starlight Tour, commandée par le Grand Theatre de London, en Ontario. La pratique est également discutée dans des balados comme Criminal et Commons, et analysée dans des livres savants comme Dying from Improvement de Sherene Razack et The Inconvenient Indian de Thomas King.
Conduite institutionnelle et examen public
La réponse du Service de police de Saskatoon est passée du déni à une reconnaissance limitée. Initialement, le SPS a insisté sur le fait que les cas étaient des incidents isolés. En 2003, le chef Russell Sabo a admis que le corps policier avait peut-être abandonné des Autochtones à l'extérieur de la ville pendant des années. Une controverse significative a émergé entre 2012 et 2016 lorsque des modifications sur Wikipédia supprimant la section « Starlight tours » de l'article sur le SPS ont été retracées à un ordinateur du service de police. Une porte-parole de la police a confirmé que la suppression provenait de l'interne, mais a déclaré que les enquêteurs n'avaient pas pu identifier qui était responsable, niant toute approbation officielle de l'action. Le corps policier a déclaré qu'il se concentrait sur le travail positif découlant de l'enquête Stonechild. L'héritage des « tours » continue d'affecter les interactions entre la police et la communauté. La mort de Darrell Night en avril 2023 a suscité de nouveaux hommages à son courage et une réflexion sur la lutte continue pour la justice et le changement systémique dans la police canadienne.
Aperçu statistique des incidents clés
Plusieurs incidents majeurs documentés de « starlight tours » ont façonné la compréhension publique et les réponses juridiques. Ces incidents incluent des décès comme celui de Neil Stonechild en 1990 et ceux de Rodney Naistus et Lawrence Wegner en 2000. Le principal cas de survie est celui de Darrell Night en janvier 2000. Son cas a mené aux seules condamnations criminelles d'agents de police pour de telles actions. Au moins sept de ces incidents ont été allégués, trois ayant entraîné des décès et un seul ayant abouti à une condamnation.
| Victime | Date de l'incident | Résultat | Conclusion officielle |
|---|---|---|---|
| Neil Stonechild | 24 novembre 1990 | Décès (hypothermie) | Enquête de 2003 : N'a pas pu déterminer les circonstances. |
| Rodney Naistus | Fin janvier 2000 | Décès (hypothermie) | Enquête de 2001 : Hypothermie accidentelle. Non concluante. |
| Lawrence Wegner | Fin janvier 2000 | Décès (hypothermie) | Enquête de 2002 : Hypothermie accidentelle. Non concluante. |
| Darrell Night | 28 janvier 2000 | Survie | Condamnation de 2001 : Agents coupables de séquestration illégale. |
| Cas de 1976 (Femme) | 1976 | Survie (alléguée) | Agent discipliné. Admis par le chef en 2003. |
| Ken Thomas (Allégation) | 21 avril 2018 | Allégation non fondée | L'enquête de la Commission des plaintes du public n'a trouvé aucune preuve. |
Starlight tours (tournées à la belle étoile) : questions fréquentes
Que se passe-t-il exactement lors d'un « starlight tour » ?
Lors d'un « starlight tour », les agents de police détiennent généralement une personne autochtone, souvent sous prétexte d'ébriété publique ou de trouble à l'ordre public. L'individu est ensuite conduit dans un véhicule de police vers un endroit éloigné en périphérie d'une ville ou d'un village, loin de toute aide. La personne est forcée de sortir du véhicule et abandonnée, souvent dans un froid hivernal extrême sans vêtements adéquats. Le terme implique d'être laissé sous les étoiles par temps glacial.
Pourquoi le cas de Darrell Night est-il si important ?
Le cas de Darrell Night est important car il est un survivant connu qui a réussi à porter plainte contre les agents impliqués. Son témoignage en janvier 2000 a directement lié l'action policière à la pratique. Sa survie est survenue quelques jours seulement avant que deux autres hommes autochtones ne soient retrouvés morts de froid à proximité. Sa décision de se manifester a forcé la réouverture du dossier de Neil Stonechild et a déclenché des enquêtes qui ont exposé le problème. Son cas a abouti aux seules condamnations criminelles pour « starlight tours ».
Quels ont été les résultats des enquêtes sur les décès ?
L'enquête sur la mort de Rodney Naistus en 2001 et celle sur la mort de Lawrence Wegner en 2002 ont conclu que les hommes étaient morts d'hypothermie. Les jurys ont jugé les enquêtes non concluantes quant aux circonstances complètes. Les enquêtes n'ont pas attribué de responsabilité criminelle directe à la police. Cependant, les jurys ont émis des recommandations axées sur la réforme des politiques policières et l'amélioration des relations entre la police et les Autochtones.
Le Service de police de Saskatoon a-t-il mis en œuvre des changements depuis les enquêtes ?
Le Service de police de Saskatoon a reconnu la nécessité de changer et souligne le travail découlant des recommandations de l'enquête Stonechild de 2004. Celles-ci incluaient l'embauche de plus d'agents autochtones, l'amélioration de la formation culturelle et la création de rôles de liaison. Cependant, des observateurs indépendants et des défenseurs de la communauté ont décrit les progrès comme lents et inégaux. Une controverse en 2016, où des ordinateurs du SPS ont été utilisés pour supprimer les références aux « starlight tours » sur Wikipédia, a soulevé des questions sur la profondeur de l'engagement institutionnel envers la transparence concernant cette histoire.
Les « starlight tours » sont-ils considérés comme une forme de meurtre ?
Bien que les communautés autochtones et les défenseurs décrivent souvent les « starlight tours » mortels comme des meurtres, aucun agent de police n'a jamais été accusé de meurtre ou d'homicide involontaire en lien avec ces décès. La seule condamnation criminelle était pour séquestration illégale dans le cas de Darrell Night. Les enquêtes officielles ont qualifié les décès d'hypothermie accidentelle, bien qu'elles notent des circonstances non concluantes. L'écart entre la perception communautaire et le résultat judiciaire souligne un conflit central dans ces affaires.
Comment les « starlight tours » s'inscrivent-ils dans les enjeux plus larges de la justice pour les Autochtones au Canada ?
Les « starlight tours » sont un exemple frappant du racisme systémique et de la violence plus larges auxquels sont confrontés les peuples autochtones dans le système de justice canadien. Ils sont fréquemment discutés aux côtés des meurtres de la route des larmes, des taux disproportionnés de décès d'Autochtones en détention et de l'héritage des pensionnats autochtones. Ces « tours » illustrent comment le profilage racial, les inconduites policières et la surveillance inadéquate peuvent avoir des conséquences mortelles. Ils sont devenus un symbole puissant dans les appels à la réforme policière et à la vérité et réconciliation.
Sources et lectures complémentaires
- Starlight tours (tournées à la belle étoile) (Wikipédia, en anglais)
- Starlight tour, Jackman Faculty of Law, University of Toronto (jackmanlaw.utoronto.ca)
- Canada's Best-Kept Secret: Starlight Tours (spheresofinfluence.ca)
- Left to freeze by Canada police, Darrell Night exposed their ... (theguardian.com)
- 'Starlight Tours' fear felt by Indigenous people in Canada ... (cbc.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-22.





