Acquisition canadienne du Lockheed Martin F-35 Lightning II
L'acquisition canadienne du Lockheed Martin F-35 Lightning II est un projet d'approvisionnement en défense visant à se procurer des avions de chasse de pointe pour l'Aviation royale canadienne. Il a débuté en 1997 par un investissement initial dans le programme Joint Strike Fighter. Le projet a évolué à travers plusieurs gouvernements et une compétition formelle. Le Canada s'est engagé à acheter 88 appareils F-35A, les premières livraisons étant attendues en 2026. Le programme représente un investissement majeur dans la défense nationale et l'industrie aérospatiale.
Origines et partenariat précoce (1997 à 2009)
L'implication du gouvernement canadien dans le programme F-35 a débuté en 1997 sous le gouvernement libéral du premier ministre Jean Chrétien. Le ministère de la Défense nationale a engagé 10 millions US$ pour se joindre à la phase de démonstration de concept du programme Joint Strike Fighter, faisant du Canada un partenaire informé. En 2002, le Canada a choisi de devenir un partenaire de niveau trois dans le projet, aux côtés de nations comme la Norvège, le Danemark, la Turquie et l'Australie. Cela a nécessité un investissement supplémentaire de 100 millions US$ du MDN et de 50 millions US$ d'Industrie Canada sur dix ans pour les travaux de développement et de démonstration du système. Une étape importante est survenue en 2006 lorsque le Canada, avec les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres alliés, a signé un protocole d'entente pour la production, le soutien et le développement ultérieur couvrant la période de 2007 à 2051, à un coût anticipé de plus d'un demi-milliard de dollars pour le Canada.
La principale raison d'adhérer au programme était économique, motivée par le désir de s'assurer que les entreprises aérospatiales canadiennes puissent concourir pour des contrats dans le cadre du projet massif du JSF. L'ancien sous-ministre adjoint Alan S. Williams a déclaré que la crainte d'être exclu d'un si grand programme avait motivé l'investissement. En participant, les entreprises canadiennes ont obtenu l'accès aux pratiques de pointe en matière de composites, de fabrication et de logistique. Le partenariat a également permis aux Forces canadiennes d'évaluer le F-35 comme futur remplaçant du CF-18 et a garanti une meilleure interopérabilité avec les principaux alliés. Les retombées industrielles ont commencé à se matérialiser rapidement, avec 144 contrats attribués à des entreprises, universités et établissements gouvernementaux canadiens entre 2002 et 2012, d'une valeur de 490 millions US$. La valeur attendue des contrats de 2013 à 2023 était estimée à 1,1 milliard US$, et la valeur potentielle totale estimée de l'implication du Canada dans le projet JSF se situait entre 4,8 et 6,8 milliards US$.

L'annonce de 2010 et la controverse grandissante
Le 16 juillet 2010, le gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper a annoncé son intention de se procurer 65 appareils F-35 pour remplacer les CF-18 Hornet de l'ARC. Le gouvernement a estimé le coût d'acquisition à 9 milliards $ CA et le coût total du programme, incluant l'entretien et les dépenses connexes, projeté à 16 milliards $ CA. Les livraisons devaient débuter en 2016. L'annonce a immédiatement été controversée car le gouvernement a déclaré qu'il signerait un contrat non soumis à appel d'offres, sans concurrence, avec Lockheed Martin. Cette approche, combinée au refus du gouvernement de fournir un détail des coûts, est devenue un enjeu politique majeur. Le ministre de la Défense Peter MacKay a d'abord déclaré à la Chambre des communes qu'il y aurait une compétition ouverte avant d'inverser sa position six semaines plus tard pour confirmer l'achat sans concurrence.
L'absence de compétition a suscité de vives critiques de la part des partis d'opposition, des analystes de la défense et d'anciens fonctionnaires. L'ancien sous-ministre adjoint Alan Williams a témoigné devant un comité parlementaire en octobre 2010, affirmant que l'achat sans concurrence rendait le processus vulnérable à la fraude et gaspillait l'argent des contribuables. En octobre 2010, la vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser a identifié des problèmes systémiques et indiqué que le F-35 pourrait coûter bien plus que les chiffres budgétés. En novembre 2010, des représentants de Boeing et de Dassault Aviation se sont plaints officiellement devant un comité parlementaire que leurs chasseurs n'étaient pas considérés. En décembre 2010, Eurofighter et Saab ont offert leurs chasseurs pour un coût inférieur à celui du F-35. Le refus du gouvernement de fournir un détail des coûts est devenu une cause majeure d'un constat d'outrage au Parlement. Cela a contribué à la défaite du gouvernement conservateur par un vote de non-confiance le 25 mars 2011. L'achat du F-35 a été un enjeu majeur lors de l'élection fédérale de 2011, qui a donné un gouvernement conservateur majoritaire. En avril 2012, avec la publication d'un rapport très critique de la vérificatrice générale sur les échecs du programme F-35 du gouvernement, l'approvisionnement a été qualifié de scandale national par les médias.
Revirements politiques et lancement d'une compétition
Un revirement politique majeur est survenu avec l'élection fédérale de 2015. Le Parti libéral de Justin Trudeau a remporté une majorité en partie grâce à une promesse électorale de ne pas acheter le F-35 et d'opter plutôt pour une option moins coûteuse via une compétition. Cela a mené au lancement d'une compétition formelle pour sélectionner un nouveau chasseur, connue sous le nom de Projet de capacité de chasseur futur. La compétition, lancée par le gouvernement Trudeau, incluait plusieurs types d'appareils, dont le F-35. Après un processus d'évaluation de plusieurs années, le gouvernement a annoncé le 28 mars 2022 que la compétition avait sélectionné le F-35A comme appareil gagnant. Des négociations avec Lockheed Martin ont débuté pour l'achat de 88 appareils, une augmentation significative par rapport au plan initial de 65. Au 20 décembre 2022, le ministère de la Défense nationale a reçu l'approbation pour dépenser 7 milliards $ pour un premier lot de 16 F-35A et l'équipement connexe, y compris les systèmes d'entraînement et l'infrastructure de soutien. Cette décision a marqué un retour complet au F-35, mais par le biais d'un processus concurrentiel que le gouvernement a soutenu garantirait la valeur et la transparence.

État actuel et retombées industrielles
En 2026, le Canada est sous contrat pour sa flotte de F-35, le premier appareil devant être livré cette année-là. L'approvisionnement total est évalué à environ 19 milliards $ CA pour 88 appareils, les activités de production et de soutien étant projetées jusqu'en 2058 et devant générer plus de 15,5 milliards $ CA de valeur économique pour le Canada sur sa durée de vie. Plus de 110 entreprises canadiennes ont contribué à la chaîne d'approvisionnement mondiale du F-35. Chaque appareil contient pour plus de 3,2 millions $ CA de composants fabriqués au Canada provenant de fournisseurs dans six provinces, produisant des éléments comme l'empennage horizontal à Winnipeg, des capteurs de moteur à Ottawa et des panneaux composites à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse. Plus de 30 entreprises canadiennes sont fournisseurs des opérations d'assemblage mondiales du F-35 de Lockheed Martin. Lockheed Martin Canada emploie actuellement 1 000 Canadiens dans cinq sites, les effectifs continuant de croître.
Les jalons et contributions industriels clés incluent les réalisations suivantes par l'industrie canadienne. Les entreprises canadiennes ont obtenu des contrats d'une valeur de 490 millions US$ entre 2002 et 2012. La valeur attendue des contrats de 2013 à 2023 était estimée à 1,1 milliard US$. La valeur potentielle totale estimée de l'implication du Canada dans le projet JSF se situait entre 4,8 et 6,8 milliards US$. En 2013, les avantages potentiels pour les entreprises canadiennes étaient passés à 9,9 milliards $. Depuis 2004, Lockheed Martin a livré plus de 13,9 milliards $ CA d'avantages économiques dans le cadre de la politique des retombées industrielles et technologiques du Canada. Le partenariat industriel continue d'être un point de négociation, le gouvernement canadien cherchant à obtenir des engagements élargis de Lockheed Martin pour des emplois domestiques et des travaux de soutien.
Rationale stratégique et interopérabilité alliée
L'Aviation royale canadienne et les gouvernements successifs ont cité plusieurs raisons stratégiques pour la sélection du F-35. Celles-ci incluent son statut de chasseur de cinquième génération avec une furtivité avancée, des capteurs, une vitesse supersonique et des capacités de mise en réseau. Les officiers militaires ont soutenu que la technologie furtive est essentielle à la survie des pilotes dans des environnements contestés lors de missions expéditionnaires et procure un élément de surprise pour la défense de l'espace aérien canadien. Le F-35 est également le chasseur de choix des plus proches alliés du Canada, dont les États-Unis, le Danemark et la Norvège, qui prévoient tous d'opérer l'appareil dans la région arctique. Cette communauté assure un haut degré d'interopérabilité pour les opérations conjointes au sein du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) et de l'OTAN. Les partisans, y compris d'anciens officiers militaires, affirment que le F-35 offre le meilleur rapport qualité-prix et la meilleure plateforme pour répondre aux besoins de sécurité du Canada jusqu'en 2050. Ils soulignent qu'acheter un appareil au début de sa durée de vie technologique, avec un potentiel de croissance significatif, est préférable à l'acquisition d'une plateforme approchant de l'obsolescence.
Des critiques ont soutenu que des chasseurs de quatrième génération moins coûteux pourraient répondre aux besoins du Canada. En décembre 2010, Eurofighter et Saab ont offert leurs chasseurs pour un coût inférieur à celui du F-35. L'analyste de la défense Philippe Lagassé contestait que les avantages de la furtivité soient pertinents pour l'interception domestique. Le gouvernement du Canada a déclaré que la furtivité du F-35 était la meilleure façon de s'assurer que les pilotes puissent mener à bien leurs futures missions en toute sécurité. Le chef d'état-major de l'air, le lieutenant-général André Deschamps, a déclaré que la furtivité ajoutait de la survie pour les missions à l'étranger et l'élément de surprise dans l'espace aérien du Canada.

Coûts d'approvisionnement et estimations comparatives
Le coût du programme F-35 a été une source de controverse considérable au Canada depuis que le gouvernement a annoncé son intention d'acheter l'appareil en 2010. Les estimations ont fluctué de façon spectaculaire au fil du temps, le gouvernement déclarant initialement un coût de 9 milliards $ CA pour 65 appareils en 2010, tandis que le directeur parlementaire du budget a par la suite estimé un coût total de 29,3 milliards $ CA sur 30 ans. Cet écart est devenu une source majeure de conflit politique et a été un enjeu clé lors de l'élection fédérale de 2011. La controverse a culminé avec la déclaration du gouvernement conservateur pour outrage au Parlement en mars 2011 pour son refus de divulguer des informations détaillées sur les coûts à la Chambre des communes.
| Date | Gouvernement/Annonce | Notes |
|---|---|---|
| Juillet 2010 | Annonce du gouvernement Harper | Coût d'acquisition seulement. Total avec éléments connexes estimé à 16 milliards $. |
| 2012 | Rapport de la vérificatrice générale | Constat que les estimations de coût du gouvernement étaient peu fiables et incomplètes. |
| Décembre 2022 | Approbation initiale | Pour le premier lot de 16 appareils, incluant l'entraînement, les armes et l'infrastructure. |
| 2023 | Engagement final | Valeur contractuelle totale estimée pour la flotte complète de 88 appareils. |
Le 16 juillet 2010, le gouvernement a annoncé des plans pour acquérir 65 F-35 avec un coût d'acquisition estimé à 9 milliards $. L'ancien ministre de la Défense nationale Peter MacKay a soutenu que les estimations de coûts connexes étaient grossièrement exagérées car elles incluaient les salaires des pilotes et le carburant, qui n'avaient jamais été pris en compte auparavant dans les coûts d'approvisionnement. La vérificatrice générale a conclu plus tard qu'en amont de cette annonce, des étapes clés avaient été prises dans le désordre et des décisions clés avaient été prises sans les approbations requises. La vérificatrice générale a également affirmé que les ministres n'étaient pas pleinement informés des règles d'approvisionnement du F-35. Le 28 mars 2022, le gouvernement a annoncé que des négociations débuteraient pour l'achat de 88 appareils F-35A. Au 20 décembre 2022, le ministère de la Défense nationale a reçu l'approbation pour dépenser 7 milliards $ pour 16 F-35A et l'équipement connexe.
Acquisition canadienne du Lockheed Martin F-35 Lightning II : questions fréquentes
Quels sont les avantages industriels pour le Canada découlant de cet accord ?
En raison de l'implication du Canada dans le projet JSF, 144 contrats ont été attribués à des entreprises, universités et établissements gouvernementaux canadiens entre 2002 et 2012, d'une valeur de 490 millions US$. La valeur attendue des contrats de 2013 à 2023 est de 1,1 milliard US$. La valeur potentielle totale estimée de l'implication du Canada se situe entre 4,8 et 6,8 milliards US$. En 2013, les avantages potentiels pour les entreprises canadiennes étaient passés à 9,9 milliards $. Depuis 2004, Lockheed Martin a livré plus de 13,9 milliards $ CA d'avantages économiques dans le cadre de la politique des retombées industrielles et technologiques du Canada.
Le coût du programme F-35 a-t-il changé depuis sa première proposition ?
Oui. En juillet 2010, le gouvernement a annoncé des plans pour acquérir 65 F-35 pour un coût d'acquisition de 9 milliards $ CA. Le rapport de la vérificatrice générale de 2012 a jugé ces estimations peu fiables. En 2022, le gouvernement a approuvé des dépenses de 7 milliards $ pour un premier lot de seulement 16 appareils. L'engagement final pour 88 appareils est évalué à environ 19 milliards $ CA, une augmentation significative par rapport aux projections originales.
Le Parti libéral n'avait-il pas promis de ne pas acheter le F-35 en 2015 ?
Oui. Durant la campagne électorale de 2015, le Parti libéral de Justin Trudeau a promis de ne pas acheter le F-35 et de sélectionner une option moins coûteuse via une compétition. Après sa victoire, le gouvernement a lancé le Projet de capacité de chasseur futur, une compétition formelle qui incluait le F-35. Le 28 mars 2022, cette compétition a sélectionné le F-35A comme appareil gagnant.
Comment le F-35 améliore-t-il la défense arctique du Canada et son rôle au NORAD ?
Le gouvernement et les officiers militaires affirment que la technologie furtive du F-35 procure un élément de surprise pour la défense de l'espace aérien canadien et de la survie pour les pilotes en mission, particulièrement pour les déploiements à l'étranger. L'appareil est également le chasseur de choix d'alliés clés comme les États-Unis, le Danemark et la Norvège, qui prévoient de l'opérer dans la région arctique. Cette communauté assure un haut degré d'interopérabilité pour les opérations conjointes de défense continentale au sein du NORAD et les missions alliées au sein de l'OTAN. Des responsables comme l'ancien chef d'état-major de l'air, le lieutenant-général André Deschamps, ont soutenu que cette capacité furtive est la meilleure façon de s'assurer que les pilotes puissent mener à bien leurs futures missions en toute sécurité.
Combien de F-35 le Canada achète-t-il et quand arriveront-ils ?
Le Canada achète 88 appareils F-35A. Cette décision a été annoncée le 28 mars 2022 après une compétition formelle. Le premier appareil devrait être livré en 2026. Au 20 décembre 2022, le ministère de la Défense nationale a reçu l'approbation pour dépenser 7 milliards $ pour un premier lot de 16 F-35A et l'équipement connexe. La valeur contractuelle totale pour la flotte complète est d'environ 19 milliards $.
Pourquoi le Canada a-t-il choisi le F-35 plutôt que d'autres avions de chasse ?
Le Canada a choisi le F-35 après qu'une compétition formelle ait conclu qu'il était le seul concept de cinquième génération pouvant répondre aux besoins du pays. La sélection était basée sur ses capacités avancées de furtivité, de capteurs et de mise en réseau, jugées essentielles pour la sécurité future. L'appareil assure également l'interopérabilité avec les principaux alliés de l'OTAN. Les retombées industrielles de la longue implication du Canada dans le programme Joint Strike Fighter depuis 1997 ont également joué un rôle, plus de 110 entreprises canadiennes contribuant à la chaîne d'approvisionnement.
Sources et lectures complémentaires
- Acquisition canadienne du Lockheed Martin F-35 Lightning II (Wikipédia, en anglais)
- Canada (f35.com)
- Canada to push Lockheed for more F-35 jobs ahead of ... (flightglobal.com)
- Powering Canada's Aerospace Future: The F-35 Industrial ... (lockheedmartin.com)
- Lockheed Martin makes no promises on extras for F-35 ... (hilltimes.com)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-29.





