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vendredi 23 octobre 2026 Actualités et politique nationales

Loi constitutionnelle de 1791

La Loi constitutionnelle de 1791 était une loi du Parlement de la Grande-Bretagne qui a réformé le gouvernement de la province de Québec. Elle a divisé la province en deux colonies distinctes, le Haut-Canada et le Bas-Canada, chacune dotée de son propre parlement et gouvernement. La loi a abrogé l'Acte de Québec de 1774 et constituait une réponse à l'afflux de loyalistes après la Révolution américaine. Elle a établi une forme de gouvernement représentatif et est restée en vigueur jusqu'à son abrogation quasi totale par l'Acte d'Union de 1840.

Contexte historique et motivations

La Loi constitutionnelle de 1791 a été adoptée sous le règne de George III. La Grande-Bretagne avait acquis le territoire de la Nouvelle-France par le traité de Paris de 1763 qui a mis fin à la guerre de Sept Ans. Le gouvernement britannique a d'abord gouverné la population francophone sous la Proclamation royale de 1763, qui établissait un gouvernement pour la province de Québec mais dont l'assemblée proposée ne s'est jamais réunie. L'Acte de Québec de 1774 a été adopté pour s'assurer de la loyauté des Canadiens français en garantissant le droit civil français et le libre exercice de la religion catholique romaine. Après la Révolution américaine, environ 10 000 loyalistes ont migré dans la province, qui comptait une population d'environ 145 000 Canadiens français. Le Parlement britannique, dirigé par le premier ministre William Pitt le Jeune, a cherché un nouveau règlement constitutionnel pour répondre aux demandes des loyalistes en faveur d'institutions britanniques comme des assemblées élues et la common law anglaise. La loi a été présentée à la Chambre des communes par Pitt le 4 mars 1791. Elle a reçu la sanction royale le 10 juin 1791 et ses dispositions sont entrées en vigueur le 26 décembre 1791. Le préambule de la loi stipulait qu'elle était nécessaire car certaines parties de l'Acte de Québec étaient « inapplicables à la Condition et aux Circonstances présentes » de la province.

Constitutional Act 1791
Photo : Wikimedia Commons (domaine public)

Dispositions clés et changements structurels

La disposition centrale de la loi était la division de la province de Québec en deux provinces distinctes. La partie occidentale est devenue le Haut-Canada, correspondant au sud de l'Ontario moderne. La partie orientale est devenue le Bas-Canada, correspondant au sud du Québec moderne. Les noms étaient dérivés de leur position le long du fleuve Saint-Laurent, le Haut-Canada étant en amont. La loi spécifiait que la division devait prendre effet à partir du 26 décembre 1791. Chaque province devait avoir sa propre structure gouvernementale calquée sur le système britannique. Celle-ci consistait en un lieutenant-gouverneur nommé par la Couronne, un Conseil législatif nommé et une Assemblée législative élue. La loi stipulait que le Conseil législatif du Haut-Canada devait compter au moins sept membres, et celui du Bas-Canada au moins quinze membres, tous nommés à vie. L'introduction d'une assemblée élue était un changement important, car l'ancienne province de Québec n'en avait jamais possédé. La loi prévoyait également des dispositions spécifiques pour les systèmes juridiques. Le Haut-Canada devait fonctionner sous le droit anglais en matière civile et criminelle. Le Bas-Canada conservait le droit civil français, y compris la Coutume de Paris et le régime seigneurial, tandis que le droit criminel anglais y était institué. La loi a maintenu les privilèges accordés à l'Église catholique romaine au Bas-Canada par l'Acte de Québec. Une disposition économique majeure était la création des réserves du clergé. La loi a réservé un septième de toutes les terres publiques dans les deux provinces comme réserves du clergé, destinées à soutenir un clergé protestant. À partir de 1791, les revenus de ces terres étaient exclusivement destinés à l'Église d'Angleterre. Après 1824, une part a également été allouée à l'Église presbytérienne d'Écosse. La loi autorisait également le gouverneur de chaque province à ériger des cantons et à accorder des terres.

Vidéo : Quick Overview of Constitutional Act of 1791 (John Edgecombe, YouTube)

Gouvernance et dynamiques politiques

La nouvelle structure gouvernementale a créé un environnement politique complexe. Bien que les Assemblées législatives élues aient donné une voix aux colons masculins propriétaires, le véritable pouvoir restait entre les mains des fonctionnaires nommés. Le lieutenant-gouverneur et les Conseils législatifs, dont les membres étaient généralement issus de l'élite coloniale, détenaient une autorité considérable. Ils pouvaient bloquer la législation de l'assemblée et contrôler le patronage. Dans le Haut-Canada, cette élite est devenue connue sous le nom de Family Compact, un petit réseau de familles riches. Au Bas-Canada, un groupe similaire était appelé le Château Clique, composé de riches marchands anglais et de quelques seigneurs canadiens-français. Le système était conçu pour maintenir le contrôle britannique et la suprématie de l'exécutif. Les lois adoptées par les assemblées nécessitaient l'assentiment du lieutenant-gouverneur et, en dernier ressort, de la Couronne à Londres. Cela garantissait que la surveillance impériale restait primordiale. Les réserves du clergé sont devenues un important point de friction politique. Elles immobilisaient de vastes étendues de terres, entravant la colonisation contiguë et le développement économique. Cette politique a alimenté le ressentiment parmi d'autres groupes religieux comme les méthodistes et les catholiques romains, ainsi que parmi les réformistes et les colons ordinaires. La tentative de la loi de créer une église protestante établie par ces concessions de terres était très impopulaire. La concentration du pouvoir et du patronage au sein de petits groupes nommés signifiait que la promesse d'un gouvernement représentatif n'était pas assortie d'un gouvernement responsable. Cette déconnexion fondamentale entre la représentation populaire et le pouvoir exécutif a défini la vie politique des deux Canadas de 1791 jusqu'aux rébellions. Les conseils législatifs fonctionnaient également comme les plus hautes cours d'appel de chaque province.

Réactions et conséquences à long terme

La réaction à la Loi constitutionnelle a été mitigée. De nombreux Canadiens français du Bas-Canada ont accueilli favorablement la création d'une province où ils formaient la majorité et où leur droit civil et leur religion étaient protégés. Cependant, ils se sont inquiétés de l'établissement des loyalistes et des pouvoirs accordés aux institutions protestantes. Les colons anglophones, particulièrement dans le Haut-Canada, estimaient souvent que les Français conservaient trop de privilèges et souhaitaient une plus grande autonomie. Les deux groupes préféraient généralement le nouveau système à l'Acte de Québec. La loi est souvent considérée comme un catalyseur du développement du nationalisme canadien-français. Elle a fourni un territoire politique défini que les Canadiens français considéraient comme leur patrie distincte. La déconnexion entre cet idéal et la réalité de la domination économique et politique continue d'une élite orientée vers la Grande-Bretagne a alimenté un mécontentement intellectuel. Ce mécontentement s'est manifesté lors de la Rébellion du Bas-Canada de 1837 à 1838, menée par des figures comme Louis-Joseph Papineau. Des griefs similaires dans le Haut-Canada, centrés sur le pouvoir antidémocratique du Family Compact, ont conduit à la plus petite Rébellion du Haut-Canada menée par William Lyon Mackenzie. Bien que ces rébellions aient été réprimées, elles ont démontré les défauts fondamentaux du système. Le gouvernement britannique a envoyé Lord Durham enquêter. Son rapport recommandait l'union des deux Canadas et l'introduction du gouvernement responsable. Cela a conduit à l'Acte d'Union en 1840, qui a fusionné le Haut et le Bas-Canada en une seule province du Canada, abrogeant ainsi les structures gouvernementales centrales de la loi de 1791. Les dispositions relatives aux réserves du clergé sont toutefois restées une question litigieuse pendant de nombreuses années.

Chronologie législative et abrogation

La Loi constitutionnelle de 1791 est restée le cadre de gouvernance pendant près de cinq décennies. Son abrogation principale est intervenue avec l'Acte d'Union de 1840 (3 & 4 Vict. c. 35), qui a dissous les deux provinces distinctes et leurs parlements pour former la province du Canada. Cependant, des dispositions spécifiques, notamment celles relatives aux réserves du clergé, sont restées en vigueur. Le processus d'abrogation complète de la loi des statuts britanniques a été long. La loi n'avait pas à l'origine de titre court. En 1896, le Parlement britannique a autorisé le titre court Loi de 1791 sur les dotations du clergé (Canada), en se basant sur le fait que les dispositions relatives aux dotations du clergé étaient les seules parties encore en vigueur. Ce titre était sans préjudice de tout autre mode de citation. Au Canada, le gouvernement fédéral, la Cour suprême du Canada et les universitaires continuent de la désigner sous le nom de Loi constitutionnelle de 1791. La loi est citée comme 31 Geo. 3. c. 31. Les étapes spécifiques de l'abrogation dans le droit britannique étaient les suivantes.

  • La loi entière, à l'exception des articles 35, 38–40 et 43–45, a été abrogée par la Loi de révision du droit statutaire de 1871 (34 & 35 Vict. c. 116), en vigueur le 21 août 1871.
  • La loi entière, à l'exception des articles 38–40 et 43–45, a été abrogée par la Loi de révision du droit statutaire de 1872 (35 & 36 Vict. c. 63), en vigueur le 6 août 1872.
  • Les articles 38–40 ont été abrogés par la Loi de révision du droit statutaire de 1950 (14 Geo. 6. c. 6), en vigueur le 23 mai 1950.
  • La loi entière a été abrogée en tant que loi britannique par la Loi de révision du droit statutaire de 1966, entrée en vigueur le 10 mars 1966. Cette abrogation n'a pas affecté le droit canadien, car la loi avait depuis longtemps été remplacée.

Héritage constitutionnel et évolution

La Loi constitutionnelle de 1791 occupe une place cruciale dans la séquence des documents qui ont façonné la gouvernance du Canada. Elle a suivi la Proclamation royale de 1763 et l'Acte de Québec de 1774, qu'elle a explicitement abrogés. Bien qu'elle ait échoué en tant que règlement permanent, sa création d'assemblées élues a constitué une étape importante vers l'autonomie gouvernementale. L'échec de la loi et l'union subséquente en 1840 ont conduit vers le gouvernement responsable, qui a été obtenu pour la province du Canada suivant le principe que l'exécutif doit avoir le soutien de l'assemblée élue. Cette progression s'est poursuivie avec la Loi constitutionnelle de 1867, qui a créé le Dominion du Canada en unissant la province du Canada avec la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. La loi de 1867 a établi un système fédéral divisant les pouvoirs entre un parlement central et des législatures provinciales, tirant les leçons de l'expérience antérieure avec deux colonies distinctes. L'histoire de la loi illustre le lent cheminement de l'indépendance constitutionnelle du Canada par rapport à la Grande-Bretagne. Le Statut de Westminster en 1931 a accordé l'autonomie législative aux Dominions, mettant fin au pouvoir britannique de désavouer les lois canadiennes. L'étape finale a été le rapatriement de la constitution en 1982 avec la Loi constitutionnelle, qui comprenait la Charte canadienne des droits et libertés et une formule de modification, éliminant enfin le pouvoir résiduel du Parlement britannique. La loi de 1791, en tant que statut britannique, faisait partie de l'ordre constitutionnel colonial que le Canada a progressivement dépassé. Son abrogation prolongée du droit britannique, conclue seulement en 1966, est une note de bas de page technique de cette plus grande histoire d'évolution de la souveraineté. La loi a également établi des précédents pour la division des pouvoirs et le traitement des minorités linguistiques et religieuses dans le droit constitutionnel canadien.

Loi constitutionnelle de 1791 : questions fréquentes

Quel était l'objectif principal de la Loi constitutionnelle de 1791 ?

L'objectif principal était de réformer le gouvernement de la province de Québec pour accommoder les 10 000 loyalistes arrivés après la Révolution américaine et la population canadienne-française existante de 145 000 personnes. Elle visait à fournir une structure gouvernementale stable qui équilibrait différentes traditions et renforçait le contrôle britannique. La loi a explicitement abrogé l'Acte de Québec de 1774, jugé inapplicable aux nouvelles circonstances.

Comment la loi a-t-elle divisé le Canada ?

La loi a divisé la province de Québec en Bas-Canada et Haut-Canada. La moitié occidentale est devenue le Haut-Canada, aujourd'hui le sud de l'Ontario. La moitié orientale est devenue le Bas-Canada, aujourd'hui le sud du Québec. Les noms ont été donnés selon leur élévation relative le long du fleuve Saint-Laurent. La division est entrée en vigueur le 26 décembre 1791. La loi a également autorisé la création de cantons et l'octroi de terres dans les deux nouvelles provinces.

Que sont les réserves du clergé ?

Les réserves du clergé étaient des concessions de terres constituant un septième du territoire du Haut et du Bas-Canada, réservées au soutien financier d'un clergé protestant. Les revenus de ces terres sont allés à l'Église d'Angleterre à partir de 1791, et à partir de 1824 également à l'Église d'Écosse. Ces réserves ont entravé la colonisation et sont devenues un grief politique majeur, contribuant à l'essor des mouvements réformistes.

La Loi constitutionnelle a-t-elle donné au Canada le gouvernement responsable ?

Non, elle n'a pas établi le gouvernement responsable. Elle a créé un gouvernement représentatif avec des assemblées élues, mais le véritable pouvoir est resté entre les mains de fonctionnaires nommés comme le lieutenant-gouverneur et le Conseil législatif. L'exécutif n'était pas responsable devant la législature élue. Le gouvernement responsable, où l'exécutif doit avoir le soutien de l'assemblée élue, a été obtenu plus tard pour la province du Canada.

Comment la Loi constitutionnelle de 1791 est-elle liée aux Rébellions de 1837 ?

Le système qu'elle a créé a concentré le pouvoir dans des élites nommées comme le Family Compact et le Château Clique et a créé des griefs économiques comme les réserves du clergé. Cette frustration a directement alimenté la Rébellion du Bas-Canada menée par Louis-Joseph Papineau et la Rébellion du Haut-Canada menée par William Lyon Mackenzie en 1837-1838. Les rébellions ont conduit au rapport Durham et à l'Acte d'Union de 1840, qui a remplacé le système de 1791.

Quand la Loi constitutionnelle de 1791 a-t-elle été finalement abrogée ?

La loi a été largement abrogée par l'Acte d'Union de 1840. Les dispositions restantes ont été abrogées par les lois britanniques de révision du droit statutaire en 1871, 1872 et 1950. La loi entière a été abrogée en tant que loi britannique par la Loi de révision du droit statutaire de 1966 le 10 mars 1966. Son nom commun au Canada reste la Loi constitutionnelle de 1791, bien qu'un titre court britannique de 1896 l'ait appelée Loi de 1791 sur les dotations du clergé (Canada).

Sources et lectures complémentaires

Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-23.

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