Histoire des femmes au Canada
L'histoire des femmes au Canada est l'étude des expériences historiques, des contributions et du statut juridique des femmes vivant sur le territoire de l'actuel Canada. Des rôles des femmes autochtones lors des premiers contacts et du commerce aux luttes pour l'égalité politique et juridique au XXe siècle, les femmes ont été au cœur du développement social, économique et culturel de la nation. Leur histoire est marquée par la discrimination systémique, un travail résilient et des mouvements sociaux puissants, dont le suffrage et le féminisme de la deuxième vague. Aujourd'hui, cette histoire est officiellement reconnue chaque octobre durant le Mois de l'histoire des femmes, établi par le gouvernement du Canada en 1992.
Expériences coloniales et de colonisation précoces
Les expériences historiques des femmes dans le Canada colonial variaient grandement selon la culture et la région. Dans les années 1660, environ 800 jeunes femmes françaises connues sous le nom de Filles du roi furent envoyées en Nouvelle-France. Elles trouvèrent rapidement des maris parmi les colons majoritairement masculins. En tant qu'épouses d'agriculteurs bénéficiant d'une très bonne nutrition et d'un taux de natalité élevé, elles jouèrent un rôle majeur dans l'établissement de la vie familiale et permirent une croissance démographique rapide. Elles eurent environ 30 % d'enfants de plus que les femmes comparables restées en France. Au-delà des tâches domestiques, certaines femmes en Nouvelle-France participèrent directement au commerce des fourrures, travaillant aux côtés de leurs maris ou pères en tant que marchandes et commis, tandis que des veuves reprenaient parfois les rôles commerciaux de leurs conjoints. Dans les Maritimes et les autres colonies anglaises, on encouragea activement l'immigration de femmes européennes pour accroître la population. Au XIXe siècle, les femmes de la classe moyenne, particulièrement dans les provinces maritimes, commencèrent à transformer les espaces domestiques en retraites confortables et décorées, affirmant leur contrôle sur leur sphère séparée qu'était le foyer.
Les rôles des femmes autochtones furent profondément affectés par le contact avec les Européens. Leurs mariages avec des commerçants de fourrures européens servirent souvent de liens diplomatiques et économiques importants entre les communautés. Cependant, leurs rôles et leur autorité traditionnels furent fréquemment remis en question par l'arrivée des missionnaires chrétiens et les politiques coloniales. Les études savantes sur l'histoire spécifique des femmes autochtones ont été relativement peu nombreuses. Au XXe siècle, les Native Homemakers' Clubs devinrent d'importants vecteurs d'éducation, d'activisme et d'autonomie pour les femmes des Premières Nations. Ils furent d'abord organisés en Saskatchewan en 1937 et en comptaient 185 en 1955.

Religion, éducation et contrôle social
Au Québec, les religieuses catholiques romaines créèrent un domaine significatif d'autorité et de service féminins en dehors du foyer. Ces communautés se spécialisèrent dans les œuvres de charité, gérant des hôpitaux, des orphelinats, des foyers pour mères célibataires et des écoles. En 1917, 32 ordres enseignants différents au Québec géraient 586 pensionnats pour filles, comblant un vide critique puisque l'enseignement public pour les filles ne dépassait pas l'école primaire. Le nombre de religieuses augmenta considérablement, passant de 6 600 en 1901 à 26 000 en 1941, représentant environ deux à trois pour cent des jeunes femmes du Québec. La Révolution tranquille des années 1960 et les réformes du concile Vatican II entraînèrent un déclin dramatique, alors que de nombreuses religieuses quittèrent leurs ordres et que le gouvernement provincial reprit leurs rôles traditionnels de services sociaux.
La forte influence de l'Église catholique au Québec façonna également le droit familial et les normes sociales pendant des siècles. La province fut lente à accorder des droits civils aux femmes mariées, qui étaient légalement classées aux côtés des mineurs et des interdits comme incapables de contracter jusqu'en 1954. Des réformes majeures débutèrent dans les années 1960 et 1970, incluant la suppression de l'obligation pour l'épouse d'obéir à son mari en 1964 et l'établissement de l'autorité parentale égale en 1977. L'actuel Code civil du Québec, en vigueur depuis 1994, est fondé sur l'égalité des sexes. Les lois historiquement conservatrices du Québec sur le mariage et sa résistance au divorce, qui nécessitait une loi privée du Parlement jusqu'en 1968, ont été citées comme des facteurs contribuant aux taux élevés de cohabitation dans la province. Depuis 1995, la majorité des naissances au Québec ont lieu hors mariage, avec 63 % des naissances hors mariage en 2015.
La lutte pour les droits juridiques et politiques
Les droits politiques des femmes au Canada furent obtenus progressivement et de manière inégale à travers les provinces et les communautés. La plupart des Canadiennes obtinrent le droit de vote aux élections fédérales en 1918, suite à un plaidoyer lié à leurs contributions pendant la Première Guerre mondiale. Cependant, ce droit n'était pas universel. Les femmes des Premières Nations, ainsi que les hommes, se virent refuser le droit de vote fédéral jusqu'à l'amendement de la Loi électorale du Canada en 1960. Au niveau provincial, les droits variaient également. Le Manitoba fut la première province à accorder le suffrage féminin complet en 1916. Les femmes du Québec n'obtinrent le suffrage complet qu'en 1940. Le Nouveau-Brunswick accorda aux femmes le droit de vote en 1919, mais leur refusa le droit d'occuper un poste politique jusqu'en 1934.
Les progrès en droit du travail avancèrent également lentement. L'Ontario adopta la Loi sur la rémunération équitable des employées de sexe féminin en 1951, exigeant l'égalité salariale pour les femmes effectuant le même travail que les hommes, suite au lobbying des femmes, des syndicats et de la Fédération du Commonwealth coopératif. Cependant, l'application était étroite, et des interdictions plus larges contre la discrimination sexuelle à l'embauche et à la promotion ne furent obtenues que plus tard. Les militants des droits de la personne du milieu du XXe siècle ne priorisaient souvent pas les questions de genre, souscrivant largement à l'idéologie du salaire familial qui présupposait un soutien de famille masculin subvenant aux besoins d'une femme au foyer à temps plein. Cette mentalité retarda pendant des décennies l'adoption d'une législation complète contre la discrimination fondée sur le sexe. La première femme élue à la Chambre des communes fut Agnes Macphail en 1921.

Les femmes et le travail
Les femmes ont toujours fait partie de la main-d'œuvre du Canada, bien que leurs rôles aient souvent été contraints et sous-évalués. Au début du XIXe siècle, les femmes employées dans les villes travaillaient principalement comme domestiques, ouvrières non qualifiées, enseignantes ou dans des rôles comme la couture et la tenue d'auberges. La grande majorité des femmes vivaient en milieu rural, travaillant à la maison ou comme domestiques jusqu'au mariage. De la fin du XIXe siècle à 1930, environ 250 000 femmes immigrèrent d'Europe, beaucoup entrant en service domestique pour répondre à la demande de la classe moyenne. Dans les provinces des Prairies, le travail des femmes était crucial pour la survie des homesteads. Leurs responsabilités incluaient la préparation de la nourriture, la confection des vêtements, l'éducation des enfants, l'entretien des jardins et l'aide aux récoltes, toutes décisives pour relever les défis d'un environnement rude.
Les femmes entrèrent lentement dans les professions à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La profession d'infirmière s'établit solidement, et les femmes firent des percées dans l'enseignement, le journalisme et le travail social. Emily Stowe devint la première femme médecin à exercer au Canada en 1880. Sa fille, Augusta Stowe-Gullen, fut la première femme diplômée d'une école de médecine canadienne en 1883. Malgré ces avancées, les femmes restèrent largement à l'écart de la profession médicale dominée par les hommes. La profession de sage-femme, traditionnellement pratiquée par des femmes, fut restreinte et faillit disparaître vers 1900. Dans d'autres domaines, les femmes faisaient face à des barrières importantes. Bessie Hall de la Nouvelle-Écosse se forma comme navigatrice dans les années 1870 mais ne put devenir officier, tandis que Molly Kool du Nouveau-Brunswick brisa les barrières maritimes en devenant la première femme du monde occidental à obtenir un brevet de capitaine en 1938.
- Service domestique : Emploi principal pour les femmes de la classe ouvrière urbaine et les immigrantes jusqu'au mariage.
- Commerce des fourrures : Certaines femmes en Nouvelle-France travaillaient comme marchandes, commis et fournisseuses aux côtés de leur famille.
- Homesteading : Le travail adaptable des femmes était crucial pour la survie de la ferme familiale dans les Prairies.
- Enseignement et soins infirmiers : Parmi les premiers domaines professionnels ouverts aux femmes en nombre significatif.
- Maritime : Molly Kool obtint son brevet de capitaine en 1938, une première dans le monde occidental.
Mouvements modernes et commémoration contemporaine
Le mouvement féministe de la deuxième vague, à partir des années 1960, propulsa d'importants changements sociaux et juridiques, contestant la discrimination systémique dans tous les domaines de la vie. Cet activisme aborda des questions telles que les droits reproductifs, l'égalité en milieu de travail et la violence fondée sur le genre. Le mouvement stimula également l'étude académique de l'histoire des femmes, les historiens se concentrant de plus en plus sur les relations de genre, le travail non rémunéré et les expériences des femmes ordinaires. Au Québec, le mouvement féministe se combina à la Révolution tranquille pour accélérer les réformes du droit familial. Au niveau national, l'activisme se poursuivit à travers les mouvements syndicaux et les batailles juridiques. Le Comité canadien sur l'histoire des femmes fut fondé en 1975.
Aujourd'hui, l'histoire des femmes est officiellement reconnue et célébrée au Canada à travers des périodes et des événements désignés. Le Mois de l'histoire des femmes est observé chaque octobre, établi par le gouvernement fédéral en 1992. Il inclut la Journée internationale de la fille le 11 octobre et la Journée de l'affaire « personne » le 18 octobre. Alors que les États-Unis célèbrent en mars, l'accent mis par le Canada en octobre permet une réflexion dédiée sur les contributions historiques. La Journée internationale des femmes du 8 mars reste un événement mondial et national majeur pour célébrer les réalisations et plaider en faveur de la parité entre les sexes. La conférence annuelle Monique-Bégin à l'Université d'Ottawa perpétue cette tradition d'éducation et de plaidoyer.

Éducation et paysage statistique
Le niveau de scolarité des femmes au Canada a considérablement augmenté au cours du siècle dernier. En 2021, selon Statistique Canada, 113 870 femmes au Canada détenaient un doctorat, représentant environ deux personnes sur cinq titulaires d'un doctorat. Parmi ces femmes titulaires d'un doctorat, 44,8 % étaient immigrantes, soulignant la contribution significative des femmes immigrantes à la main-d'œuvre hautement qualifiée du Canada. Ces données reflètent des tendances plus larges de participation accrue des femmes à l'enseignement supérieur et aux domaines professionnels. La première femme diplômée d'une université au Canada fut Grace Annie Lockhart à l'Université Mount Allison en 1875. Les défis de la recherche et de l'enseignement de l'histoire des femmes persistent, y compris les lacunes dans les archives historiques et les récits précédemment dominés par les hommes. Les chercheurs et les institutions continuent de travailler à découvrir et partager les expériences diverses des femmes grâce à de nouvelles méthodologies et sources. Les discussions contemporaines sur le travail et l'égalité des femmes abordent les iniquités persistantes. Les sujets incluent l'écart salarial entre les sexes, l'impact de l'économie des soins sur le travail des femmes, les barrières auxquelles font face les femmes aux identités diverses, et l'avenir des femmes dans les domaines façonnés par l'intelligence artificielle et la technologie. Ces forums rassemblent des activistes, des chercheurs et des dirigeants pour élaborer des stratégies visant à créer des milieux de travail équitables et sans obstacles pour toutes les femmes.
Pionnières et militantes notables
L'histoire canadienne est marquée par des femmes qui ont brisé des barrières et lutté pour le changement. Emily Stowe devint non seulement la première femme à exercer la médecine au Canada, mais fut aussi une suffragette de premier plan. Sa fille, Augusta Stowe-Gullen, poursuivit cet héritage en tant que médecin et militante. Dans le domaine du droit et de la personnalité juridique, les Célèbres cinq menèrent la bataille juridique victorieuse qui reconnut les femmes comme des « personnes » éligibles au Sénat. Dans le domaine des droits autochtones, Mary Two-Axe Earley fut une pionnière du mouvement des femmes, contestant les dispositions discriminatoires de la Loi sur les Indiens. L'exploit de Molly Kool en tant que capitaine de navire en 1938 ouvrit un domaine traditionnellement masculin. En politique, des figures comme Monique Bégin, première femme ministre de la Santé nationale et du Bien-être social du Canada, ont laissé un héritage, honoré aujourd'hui par une conférence annuelle en son nom. Les premières femmes élues dans l'Empire britannique furent deux Albertaines, Louise McKinney et Roberta MacAdams, élues en 1917.
Histoire des femmes au Canada : questions fréquentes
Quand est le Mois de l'histoire des femmes au Canada ?
Le Mois de l'histoire des femmes est célébré au Canada tout au long du mois d'octobre. Il a été officiellement désigné par le gouvernement du Canada en 1992. Le mois comprend des journées commémoratives importantes telles que la Journée internationale de la fille le 11 octobre. Il comprend également la Journée de l'affaire « personne » le 18 octobre, qui marque l'anniversaire de la victoire juridique de l'affaire « personne » en 1929.
Quand les femmes ont-elles obtenu le droit de vote au Canada ?
La plupart des Canadiennes obtinrent le droit de vote aux élections fédérales en 1918. Au niveau provincial, le Manitoba fut le premier à accorder le suffrage féminin en 1916. Le Québec fut la dernière province à accorder le suffrage complet aux femmes, en 1940. Les femmes des Premières Nations se virent refuser le droit de vote fédéral jusqu'aux amendements à la Loi électorale du Canada en 1960.
Quel était le rôle des religieuses catholiques dans l'histoire du Québec ?
Les religieuses catholiques romaines au Québec fondèrent des communautés religieuses indépendantes qui géraient des hôpitaux, des orphelinats, des écoles et des foyers pour mères célibataires. En 1917, des ordres enseignants géraient 586 pensionnats pour filles. Le nombre de religieuses passa de 6 600 en 1901 à 26 000 en 1941. Leur rôle diminua après la Révolution tranquille des années 1960.
Qui était Molly Kool ?
Molly Kool était une pionnière maritime d'Alma, au Nouveau-Brunswick. En 1938, elle devint la première femme du monde occidental à obtenir son brevet de capitaine, officiellement connu sous le nom de certificat de maître côtier. Elle poursuivit une carrière dans le domaine très masculin de la navigation. Son exploit brisa d'importantes barrières professionnelles contre les femmes en mer.
Qui fut la première femme médecin au Canada ?
Emily Stowe fut la première femme autorisée à exercer la médecine au Canada en 1880. Sa fille, Augusta Stowe-Gullen, devint la première femme diplômée d'une école de médecine canadienne en 1883. Une autre diplômée précoce, Elizabeth Scott Matheson, termina en 1898 mais se vit refuser son permis par le Collège des médecins et chirurgiens des Territoires du Nord-Ouest jusqu'en 1904. Ces femmes furent des pionnières dans une profession médicale dominée par les hommes.
Qu'est-ce que l'affaire « personne » et pourquoi est-elle importante ?
L'affaire « personne » fut une victoire juridique en 1929 qui établit que les femmes étaient considérées comme des « personnes » en vertu de la loi. Cela les rendait éligibles à une nomination au Sénat du Canada. L'affaire fut portée par cinq militantes albertaines connues sous le nom des Célèbres cinq. Cette réalisation est une partie clé de l'histoire politique des femmes au Canada et est commémorée chaque année lors de la Journée de l'affaire « personne » le 18 octobre.
Sources et lectures complémentaires
- Histoire des femmes au Canada (Wikipédia, en anglais)
- Women's History Month (amapceo.on.ca)
- International Women's Day 2026 in Canada: History & Events (remitly.com)
- A timeline of women in Canada's history (www150.statcan.gc.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-31.





