Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (LDNUDPA) est une loi fédérale entrée en vigueur au Canada le 21 juin 2021. Cette législation établit un cadre juridique qui oblige le gouvernement du Canada à harmoniser les lois fédérales avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Elle exige l’élaboration d’un plan d’action et de rapports annuels de progrès, créés en consultation et en collaboration avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Cette loi est une pièce maîtresse de la réponse du Canada à l’appel à l’action 43 de la Commission de vérité et réconciliation et à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Historique législatif et cheminement vers la loi
Le parcours législatif pour mettre en œuvre la DNUDPA au Canada a été complexe et s’est étalé sur plus d’une décennie. L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la DNUDPA en 2007, le Canada votant contre sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper. En novembre 2010, le gouvernement conservateur a inversé sa position, déclarant son soutien à la déclaration en tant que document d’orientation. Un changement plus significatif est survenu en mai 2016 lorsque la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a annoncé que le Canada retirait son statut d’objecteur à la DNUDPA aux Nations Unies. La première tentative parlementaire majeure a été le projet de loi C-262, un projet de loi d’initiative parlementaire déposé par le député néo-démocrate Roméo Saganash en avril 2016 pour mettre en œuvre la DNUDPA. Bien que le gouvernement libéral ait initialement qualifié une telle mise en œuvre d’irréalisable, il a ensuite appuyé le projet de loi. Le projet de loi C-262 a finalement été bloqué au Sénat en 2019 à la suite d’un filibuster conservateur.
À la suite des élections fédérales de 2019, le discours du Trône du gouvernement libéral a promis de mettre en œuvre la DNUDPA dans l’année. Le projet de loi gouvernemental qui en a résulté, le C-15, a été déposé par le ministre de la Justice David Lametti le 3 décembre 2020. Le projet de loi s’appuyait sur le projet de loi C-262 de Saganash, mais y ajoutait de nouvelles dispositions élaborées en collaboration avec l’Assemblée des Premières Nations, Inuit Tapiriit Kanatami et le Ralliement national des Métis. L’adoption du projet de loi au Parlement a impliqué un important plaidoyer autochtone et des étapes parlementaires clés. Le 9 mars 2021, une lettre ouverte du Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) en faveur du projet de loi a été publiée dans The Hill Times. La liste complète des signataires de la lettre comprenait 37 nations, gouvernements et autres organisations autochtones, ainsi que 125 défenseurs des droits de la personne.
- 11 mars 2021 : Le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord (INAN) a tenu sa première réunion sur le projet de loi, entendant le témoignage de Roméo Saganash.
- 26 avril 2021 : Le comité INAN a produit son rapport avec des amendements, incluant des références au racisme systémique et au fait que les doctrines de la découverte et de terra nullius sont racistes.
- 10 juin 2021 : Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones a publié son rapport sur le projet de loi avec des observations, mais sans amendements.
- 16 juin 2021 : Le Sénat a adopté le projet de loi en troisième lecture sans amendement.
- 21 juin 2021 : Le projet de loi C-15 a reçu la sanction royale et est entré en vigueur immédiatement.

Dispositions et exigences clés
La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones crée un cadre durable pour la mise en œuvre de la DNUDPA au niveau fédéral. Son objectif principal est d’affirmer la DNUDPA en tant qu’instrument international des droits de la personne pouvant aider à interpréter et à appliquer le droit canadien. La loi ne crée pas directement de nouveaux droits autonomes, mais elle enclenche un processus pour harmoniser les lois fédérales existantes avec les normes de la déclaration. Une obligation centrale est l’exigence pour le gouvernement fédéral de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la conformité des lois canadiennes avec la DNUDPA, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones. Ce processus doit explicitement respecter les droits ancestraux et issus de traités reconnus à l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.
La législation impose deux mécanismes concrets et assortis de délais pour assurer les progrès et la reddition de comptes. Premièrement, elle exigeait du gouvernement qu’il prépare et mette en œuvre un plan d’action pour atteindre les objectifs de la déclaration. Ce plan d’action devait être élaboré le plus tôt possible et au plus tard deux ans après l’entrée en vigueur de la loi, un délai respecté avec la publication du plan le 21 juin 2023. Deuxièmement, la loi exige que le ministre de la Justice prépare et dépose un rapport annuel sur les progrès réalisés. Ce rapport doit être élaboré en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones et être déposé au Parlement au plus tard le 30 juin de chaque année. La loi exige également que l’élaboration du plan d’action et des rapports annuels implique un engagement large et inclusif avec les détenteurs de droits autochtones, les nations issues de traités modernes et les organisations représentatives, y compris celles représentant les femmes, les jeunes et les personnes 2ELGBTQQIA+.
Le plan d’action et le cadre de mise en œuvre
Conformément aux exigences de la loi, le gouvernement du Canada a publié le Plan d’action de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones le 21 juin 2023. Le plan décrit la stratégie du gouvernement fédéral pour aligner les lois, les politiques et les programmes sur la DNUDPA au fil du temps. Il a été élaboré par le biais de processus d’engagement formels avec les partenaires des Premières Nations, des Inuits et des Métis, bien que sa version préliminaire ait reçu un accueil particulièrement froid lors d’une réunion de l’Assemblée des Premières Nations avant sa finalisation. Le plan d’action est conçu comme un document évolutif, sujet à révision et à modification en collaboration continue avec les peuples autochtones.
Le plan d’action comprend des mesures spécifiques dans de nombreux domaines politiques visant à atteindre les objectifs de la DNUDPA. Conformément aux stipulations de la loi, le plan doit inclure des mesures pour remédier aux injustices, combattre les préjugés et éliminer toutes les formes de violence et de discrimination à l’égard des peuples autochtones. Il doit également inclure des mesures pour surveiller la mise en œuvre du plan lui-même et pour son examen et son renouvellement périodiques. Le plan attribue des rôles et des responsabilités à tous les ministères fédéraux, signalant que la mise en œuvre est un effort pangouvernemental. La publication du plan d’action a marqué la transition entre l’établissement du cadre législatif et la phase opérationnelle de la mise en œuvre des 46 articles de la DNUDPA dans le contexte canadien.
Le principe du consentement libre, préalable et éclairé
Un élément central et souvent débattu de la DNUDPA et de la loi canadienne est le principe du consentement libre, préalable et éclairé (CLPE). La loi exige que le gouvernement travaille à respecter cette norme dans ses relations avec les peuples autochtones, en particulier concernant les décisions qui les affectent, leurs communautés et leurs territoires. Le CLPE est décrit dans les documents gouvernementaux comme un processus qui doit être exempt de manipulation ou de coercition, fondé sur une information adéquate et fournie en temps opportun, et se produire suffisamment avant une décision pour que les droits et intérêts autochtones puissent être intégrés efficacement. La loi elle-même, cependant, ne fournit pas de définition légale du CLPE, un point qui a été source à la fois de débat et de préoccupation.
L’absence d’une définition législative claire du CLPE a conduit à des interprétations variées et à des discussions importantes. Certains critiques, dont certains chefs autochtones et politiciens, ont exprimé la crainte que, sans un droit de veto défini, le CLPE ne constitue pas un véritable consentement. D’autres ont craint qu’une interprétation stricte puisse permettre à des individus de bloquer des projets jugés d’intérêt national. La position du gouvernement est que le CLPE concerne des processus collaboratifs et la recherche d’un consensus, et non un droit de veto unilatéral. Ce principe est destiné à être appliqué par le développement de processus et d’accords fondés sur le consentement au fil du temps, dans le cadre du travail plus large d’alignement des lois et du plan d’action mandaté par la loi.
Accueil et critiques
La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a reçu un accueil mitigé depuis son introduction, avec le soutien de nombreuses organisations autochtones nationales et des critiques d’autres groupes. Le projet de loi a été fortement salué par le gouvernement de la Nation crie, qui l’a décrit comme essentiel à la réconciliation. Le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Pedro Arrojo-Agudo, a par la suite décrit la législation comme une référence en matière de leadership international. La loi a été soutenue par l’Assemblée des Premières Nations sous l’ancien chef national Perry Bellegarde, qui a accueilli favorablement la législation tout en reconnaissant qu’elle n’était pas parfaite.
Des critiques substantielles ont également été exprimées par plusieurs gouvernements des Premières Nations, notamment en Alberta, ainsi que par des gouvernements provinciaux conservateurs. L’organisation de défense des droits autochtones Idle No More a rejeté carrément le projet de loi, affirmant qu’il s’agissait d’une attaque contre la souveraineté et l’autodétermination autochtones. La critique universitaire Wendy Lynn Lerat, dans une chronique pour CBC, a décrit la loi comme un écran de fumée pour la décolonisation, remettant en question ses impacts tangibles. Russ Diabo, ancien conseiller de deux chefs nationaux à l’Assemblée des Premières Nations, a critiqué le manque de consultation autochtone dans le projet de loi et a affirmé qu’il utilisait un langage conçu pour tromper les Autochtones. Les préoccupations portent souvent sur l’absence de droit de veto dans le CLPE, la possibilité que le gouvernement contrôle le processus d’interprétation et la question de savoir si la loi conduira à des changements substantiels au-delà des déclarations de principe.
Développements connexes et subséquents
La loi fédérale sur la DNUDPA coexiste avec des législations provinciales similaires et a influencé les discussions à l’international. La province de la Colombie-Britannique a adopté la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en 2019, créant un cadre parallèle pour l’alignement des lois provinciales. La loi fédérale répond également directement à des appels nationaux spécifiques à la justice, notamment l’appel à l’action 43 de la Commission de vérité et réconciliation et les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Dans un développement ultérieur, le 20 mars 2025, le ministre de la Justice et procureur général du Canada a annoncé la création du Secrétariat de mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, un nouvel organisme pour coordonner les travaux du gouvernement.
Les principes de la loi ont également été testés dans des contextes corporatifs et financiers. En 2023, les actionnaires de la Banque Royale du Canada ont rejeté des propositions qui auraient exigé que la banque fixe des cibles absolues d’émissions pour 2030, restreigne le financement de projets d’expansion des combustibles fossiles et aligne ses activités sur la DNUDPA. À l’international, la loi canadienne a servi de point de référence. En Australie, la sénatrice Lidia Thorpe a déposé un projet de loi d’initiative parlementaire avec des dispositions similaires à la loi canadienne sur la DNUDPA, et un comité parlementaire a recommandé au gouvernement fédéral de mettre en œuvre la déclaration. Ces développements indiquent que la législation canadienne est observée comme un modèle, bien qu’imparfait, pour d’autres États comptant des populations autochtones. Les entités clés impliquées dans l’élaboration et la mise en œuvre continue de la loi incluent plusieurs grandes organisations autochtones nationales.
- Assemblée des Premières Nations (APN)
- Inuit Tapiriit Kanatami (ITK)
- Ralliement national des Métis (RNM)
- Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee)
- Nations issues de traités modernes et autonomes
- Organisations de femmes et de jeunes autochtones
- Représentants des personnes autochtones 2ELGBTQQIA+
- Organisations autochtones urbaines
Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones : questions fréquentes
Qu’est-ce que la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ?
La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones est une loi fédérale entrée en vigueur au Canada le 21 juin 2021. Elle crée un cadre juridique exigeant que le gouvernement du Canada harmonise les lois fédérales avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. La loi exige l’élaboration d’un plan d’action et de rapports annuels de progrès, le tout en consultation avec les peuples autochtones. Son but est de faire avancer la réconciliation et de mettre en œuvre les normes minimales pour les droits, la dignité et le bien-être des peuples autochtones énoncées dans la DNUDPA.
Que signifie « consentement libre, préalable et éclairé » dans la loi ?
Le consentement libre, préalable et éclairé (CLPE) est un principe clé de la DNUDPA que la loi exige que le gouvernement s’efforce de respecter. Il décrit les processus d’engagement avec les peuples autochtones concernant les décisions qui les affectent. Ces processus doivent être exempts de coercition, fondés sur une information adéquate et fournie en temps opportun, et se produire suffisamment avant une décision pour permettre une contribution significative. La loi elle-même ne fournit pas de définition légale du CLPE, ce qui entraîne des discussions continues sur son application pratique, y compris la question de savoir s’il implique un droit de veto sur les projets situés sur les territoires autochtones.
Qu’est-ce que le Plan d’action et quand a-t-il été publié ?
Le Plan d’action est une stratégie complète mandatée par la loi pour atteindre les objectifs de la DNUDPA au Canada. Il a été publié par le gouvernement du Canada le 21 juin 2023, exactement deux ans après l’entrée en vigueur de la loi, respectant ainsi le délai législatif. Le plan décrit des mesures dans divers domaines politiques pour aligner les lois, politiques et programmes fédéraux sur la déclaration. Il a été élaboré par le biais d’engagements avec des partenaires autochtones et est conçu comme un document évolutif qui sera révisé et mis à jour au fil du temps.
Quel est le lien entre cette loi et la Commission de vérité et réconciliation ?
La loi est une réponse directe à l’appel à l’action 43 de la Commission de vérité et réconciliation, qui demandait à tous les ordres de gouvernement d’adopter et de mettre pleinement en œuvre la DNUDPA comme cadre de réconciliation. Le préambule de la loi fait explicitement référence à cet engagement. Elle répond également aux appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. En créant un cadre législatif pour la mise en œuvre de la DNUDPA, le gouvernement vise à répondre à ces recommandations fondamentales pour un changement systémique.
Tous les groupes autochtones ont-ils soutenu cette loi ?
Non, le soutien à la loi a été mitigé parmi les groupes et les dirigeants autochtones. Elle a été soutenue par l’Assemblée des Premières Nations sous le chef Perry Bellegarde, le gouvernement de la Nation crie et 37 nations et gouvernements autochtones qui ont signé une lettre ouverte en 2021. Cependant, elle a fait face à des critiques importantes d’autres côtés. Plusieurs gouvernements des Premières Nations en Alberta, l’organisation de défense des droits autochtones Idle No More et des critiques comme Russ Diabo ont rejeté le projet de loi, arguant qu’il pourrait miner la souveraineté et interpréterait la DNUDPA à travers un cadre juridique colonial plutôt que le droit international.
Quelles sont les obligations continues du gouvernement en vertu de la loi ?
Le gouvernement a des obligations continues, légalement mandatées, en vertu de la loi. Il doit continuer à prendre des mesures pour s’assurer que les lois fédérales sont conformes à la DNUDPA, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones. Il doit préparer et déposer un rapport annuel au Parlement au plus tard le 30 juin de chaque année, détaillant les progrès de la mise en œuvre et du plan d’action. Le gouvernement est également tenu de réviser et de renouveler le plan d’action au besoin. Tous les ministères fédéraux ont des rôles dans cette mise en œuvre, ce qui en fait un effort soutenu et pangouvernemental.
Sources et lectures complémentaires
- Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (Wikipédia, en anglais)
- United Nations Declaration on the Rights of Indigenous ... (justice.gc.ca)
- United Nations Declaration on the Rights of Indigenous ... (laws-lois.justice.gc.ca)
- The United Nations Declaration on the Rights of ... (humanrights.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-11-02.





