La prohibition au Canada
La prohibition au Canada fut une interdiction des boissons alcoolisées qui s'est mise en place par étapes, depuis des interdictions municipales locales à la fin du 19e siècle, jusqu'à des interdictions provinciales au début du 20e siècle, et une prohibition nationale temporaire comme mesure de guerre de 1918 à 1920. Portée en grande partie par le mouvement de tempérance, qui associait l'alcool au crime, à la pauvreté et à la désintégration des familles, la prohibition a profondément modifié la société et le commerce canadiens. La politique a été abrogée de manière inégale à travers les provinces tout au long des années 1920 et 1930, bien que son héritage perdure dans la réglementation complexe des boissons alcoolisées et, dans certaines communautés, des interdictions locales qui persistent encore aujourd'hui. Le secteur relativement important et puissant de la fabrication de bière et d'alcool, ainsi que la vaste classe ouvrière qui achetait ses produits, n'ont pas réussi à convaincre les gouvernements de revenir sur leur position pendant l'apogée de la prohibition.
Origines et le mouvement de tempérance
Les Canadiens buvaient beaucoup au 19e siècle. Le recensement de 1851 du Haut-Canada a enregistré 1 999 tavernes, soit une pour 478 personnes. L'ivresse, les bagarres, la violence conjugale et l'appauvrissement des ménages étaient monnaie courante. Les croisades organisées contre ce fléau social lancées par le mouvement de tempérance ciblaient les débits de boisson, qu'elles considéraient comme la source des maux et de la misère de la société. Initialement, le mouvement de tempérance au Canada, qui a débuté dans les années 1820, s'intéressait surtout à la consommation de spiritueux forts, tandis que la bière, le vin et le cidre n'étaient pas considérés comme un problème majeur. Cependant, dès les années 1840, les sociétés de tempérance prônant l'abstinence totale étaient la norme, et toutes les boissons alcoolisées étaient jugées dangereuses. Inspiré par la loi du Maine de 1851, qui instaurait la prohibition légale dans cet État américain, le mouvement de tempérance au Canada a adopté la stratégie de la coercition légale pour faire avancer la cause de la sobriété.
Les principales organisations de tempérance qui ont émergé au début de l'ère de la prohibition au Canada étaient l'Alliance dominicaine pour la suppression totale du trafic des boissons alcoolisées et l'Union chrétienne de tempérance des femmes du Canada. Les confessions protestantes, y compris les baptistes, les méthodistes, les presbytériens et les congrégationalistes, soutenaient généralement la prohibition et ont fait campagne pour elle à partir de la fin du 19e siècle. La prohibition était un aspect important de l'Évangile social protestant. Parmi les partisans notables figurait Archibald McKillop, un poète et orateur aveugle d'origine écossaise et canadienne des Cantons-de-l'Est, qui promouvait la sobriété par des discours publics et des vers.
L'UCTF s'est implantée dans une grande partie du Canada et des États-Unis comme l'une des contributrices les plus importantes et les plus influentes au mouvement de tempérance. Une des façons dont l'UCTF a tenté de diffuser le message de tempérance était de faire pression sur les gouvernements provinciaux pour qu'ils incluent un enseignement sur la tempérance dans les écoles. En 1892, sous la pression de l'UCTF et d'autres organisations de tempérance, la Nouvelle-Écosse a adopté une loi exigeant que les écoles enseignent aux élèves les effets de l'alcool sur le corps humain. À la fin du 19e siècle, grâce aux efforts de l'UCTF, la plupart des provinces avaient au moins un certain enseignement sur la tempérance à l'école. L'UCTF cherchait aussi en dehors du système scolaire formel à promouvoir les idéaux de tempérance auprès des enfants, et diffusait également son message dans les écoles du dimanche et les groupes de jeunes.
L'Alliance dominicaine était une organisation parapluie qui regroupait des représentants de la plupart des sociétés de tempérance et de prohibition, y compris l'UCTF. Le groupe faisait du lobbying auprès des gouvernements à divers niveaux pour qu'ils adoptent des lois prohibitives et d'autres législations favorables à la cause de la tempérance. Ils ont soumis un mémoire, ou une déclaration écrite de principes, à la dix-neuvième session du synode anglican du diocèse de Huron en 1876. Dans cette déclaration, ils soutenaient que le commerce de l'alcool augmentait la criminalité, gaspillait les ressources, corrompait les habitudes sociales et détruisait la santé et la vie des gens.

Premières lois et interdictions locales
Certaines mesures législatives vers la prohibition ont été prises au 19e siècle. L'adoption de la Loi sur la tempérance du Canada de 1864, aussi appelée Loi Dunkin, d'après Christopher Dunkin, dans la province du Canada, permettait à tout comté ou ville d'interdire la vente d'alcool par un vote majoritaire lors d'un référendum. Après la Confédération canadienne, le pouvoir des votes d'option locale a été étendu au reste du Canada par la Loi sur la tempérance du Canada de 1878. Elle était connue sous le nom de Loi Scott, d'après son promoteur, Sir Richard William Scott. Elle permettait à tout comté ou ville d'opter pour la prohibition si celle-ci était soutenue par une majorité lors d'un vote local. En vertu de cette loi, la vente d'alcool pour usage sacramentel, médical ou mécanique restait légale. Les votes d'option locale ont abouti à ce que plus de 240 localités en Ontario soient sous prohibition locale en 1912. Ces premières lois ont établi l'approche fragmentée et locale qui caractériserait une grande partie de l'expérience canadienne de la prohibition.
Le référendum de 1898 et les mesures de guerre
Un plébiscite officiel, mais non contraignant, sur la prohibition a eu lieu en 1898, avec 51 % des voix en faveur de la prohibition et 49 % contre. Le taux de participation était faible, à 44 %. La prohibition avait une majorité dans toutes les provinces sauf au Québec, où une forte proportion de 80 % a voté contre. Le principal facteur était la religion. Les protestants piétistes, comme les méthodistes, les presbytériens et les luthériens scandinaves, étaient fortement en faveur. Les protestants liturgiques ou de Haute Église, comme les anglicans et les luthériens allemands, s'y opposaient. La population catholique, tant française qu'irlandaise, y était fermement opposée. Les zones urbaines étaient plus opposées que les zones rurales. Malgré une majorité en faveur de la prohibition, le gouvernement du premier ministre Wilfrid Laurier a choisi de ne pas présenter de projet de loi fédéral sur la prohibition, en raison de la forte opposition au Québec et du faible taux de participation.
En conséquence, la prohibition au Canada a été instaurée de manière fragmentée par des lois adoptées au niveau provincial au cours des vingt premières années du 20e siècle. La Première Guerre mondiale a été un facteur important dans le succès des efforts de prohibition au Canada au début du 20e siècle. Beaucoup croyaient que la prohibition créerait une société canadienne digne des sacrifices des soldats outre-mer. L'argument était aussi avancé que la prohibition bénéficierait à l'effort de guerre puisqu'elle éviterait le gaspillage et l'inefficacité. Certains considéraient aussi le bar comme un endroit où les étrangers se rassemblaient et complotaient contre l'Empire britannique, et donc contre l'effort de guerre. Alors que les anciens opposants à la prohibition se taisaient, de peur d'être jugés antipatriotiques, les provinces ont commencé à mettre en œuvre la prohibition.
À la suite des élections canadiennes de 1917, en mars 1918, le gouvernement fédéral, en tant que mesure de guerre, a rendu illégale la fabrication de boissons enivrantes. Le gouvernement fédéral a instauré la prohibition nationale par un décret en conseil qui est entré en vigueur le 1er avril 1918. Il interdisait l'importation d'alcool de plus de 2,5 % au Canada, le commerce interprovincial d'alcool et incluait une interdiction de production. L'interdiction en temps de guerre a expiré un an après la fin de la guerre. Ce fut la première et la dernière fois que la prohibition nationale sur la production, la distribution et la consommation d'alcool fut instaurée au Canada.

Mise en œuvre provinciale et réalités économiques
Les lois provinciales sur la prohibition variaient considérablement dans leur sévérité, leur durée et leur impact économique. L'Île-du-Prince-Édouard a instauré la prohibition dès 1901 et ne l'a finalement abrogée qu'en 1948, soit la plus longue période de toutes les provinces. Pendant la Première Guerre mondiale, d'autres provinces ont rejoint l'Île-du-Prince-Édouard dans la prohibition. La plupart des provinces ont adopté la prohibition pendant la Première Guerre mondiale et ont choisi de prolonger l'interdiction de l'alcool après la fin de la guerre. Le Québec était inhabituel en ce sens qu'il a adopté la prohibition en 1919 et l'a rapidement abrogée en raison d'une intense pression populaire. Un référendum de 1919 a permis la vente de bière légère, de cidre et de vin dans les hôtels, les tavernes, les cafés, les clubs et les dépanneurs, ce qui signifie que la prohibition totale n'a jamais vraiment pris effet.
L'application et la conformité du public différaient aussi grandement, influencées par les économies locales et la géographie. En Ontario, des exceptions légales importantes ont sapé l'idéal de la prohibition. Les vignobles étaient exemptés de fermeture, et diverses brasseries et distilleries sont restées ouvertes pour le marché d'exportation. Cette faille a alimenté un commerce massif de contrebande d'alcool vers les États-Unis, avec des figures comme Rocco Perri de Hamilton se spécialisant dans l'exportation de spiritueux de compagnies comme Seagram et Gooderham and Worts. À London, en Ontario, Harry Low et son groupe de contrebandiers ont acheté la brasserie Carling, tandis que la famille Labatt a confié les opérations au gérant Edmund Burke. Le fait que l'exportation puisse se faire par de petits bateaux de Windsor à travers la rivière jusqu'à Détroit n'a fait que profiter à l'économie de la province.
L'élimination des boissons alcoolisées a fait une différence dans la société canadienne. À la fin de la prohibition, près des trois quarts des brasseries avaient fermé. Ce n'est que dans la seconde moitié du 20e siècle qu'un nombre significatif de nouvelles brasseries ont rouvert. L'Alliance ontarienne pour la suppression totale du commerce des boissons alcoolisées a déclaré en 1922 que le nombre de condamnations pour infractions liées à la boisson était passé de 17 413 en 1914 à 5 413 en 1921.
- Île-du-Prince-Édouard : 1901 à 1948
- Ontario : 1916 à 1927 (Loi sur la tempérance de l'Ontario)
- Québec : Loi adoptée en 1919, effectivement annulée par le référendum de 1919
- Nouvelle-Écosse : 1910 (sauf Halifax), à l'échelle provinciale de 1916 à 1930
- Colombie-Britannique : Instaurée pendant la guerre, abrogée au milieu des années 1920
- Alberta : Instaurée pendant la guerre, abrogée en 1924
- Saskatchewan : Instaurée pendant la guerre, abrogée en 1924
- Nouveau-Brunswick : Instaurée pendant la guerre, abrogée en 1927
- Manitoba : Instaurée pendant la guerre, abrogée en 1921
Impact social, criminalité et défis d'application
La prohibition a eu des effets mesurables sur la société canadienne, notamment une diminution de certaines infractions liées à l'alcool. L'Alliance ontarienne pour la suppression totale du commerce des boissons alcoolisées a déclaré en 1922 que le nombre de condamnations pour infractions associées à la boisson était passé de 17 413 en 1914 à 5 413 en 1921, et les cas d'ivresse publique étaient tombés de 16 590 en 1915 à 6 766 en 1921. Cependant, la prohibition a aussi engendré d'importantes conséquences imprévues qui ont érodé son autorité morale. La production illégale, la contrebande et les speakeasies sont devenus monnaie courante. Les réseaux de crime organisé se sont développés pour répondre à la demande, avec des figures comme Rocco Perri de Hamilton qui ont bâti des empires sur la contrebande d'alcool.
La loi était largement bafouée, sapant le respect de l'autorité légale. Cette circonvention généralisée, couplée à la perte de revenus gouvernementaux potentiels provenant de la vente d'alcool, est devenue un argument majeur en faveur de l'abrogation. Le bar, que les partisans de la tempérance considéraient comme la source des maux sociétaux, a été largement remplacé par des lieux de consommation clandestins, déplaçant plutôt qu'éliminant les problèmes associés. L'élimination des boissons légales a réduit certaines ivresses publiques visibles, mais elle a créé une vaste économie souterraine qui s'est avérée difficile et coûteuse à policer. La contrebande d'alcool s'est aussi produite dans d'autres provinces, pas seulement en Ontario.

Le processus d'abrogation et les nouveaux systèmes de contrôle
Après la Première Guerre mondiale, les opposants à la prohibition affirmaient que trop de gens ignoraient la loi et buvaient illégalement, et que la prohibition contribuait à l'expansion du crime organisé et de la violence. Les nouveaux slogans étaient Modération et Réglementation gouvernementale. Les confessions presbytérienne, méthodiste et congrégationaliste ont voté pour fusionner et former l'Église unie du Canada, afin de créer une voix libérale plus forte. La possibilité de nouvelles recettes a conduit plusieurs provinces à instaurer un contrôle gouvernemental sur la vente d'alcool et, au milieu des années 1920, la prohibition livrait une bataille perdue d'avance. Les provinces ont commencé à abroger leurs interdictions, généralement après avoir tenu un référendum. Entre 1921 et 1925, cinq provinces ont voté pour mettre fin à la prohibition.
Après que le référendum sur la prohibition de 1924 en Ontario eut confirmé de justesse la prohibition en vertu de la Loi sur la tempérance de l'Ontario, le gouvernement ontarien dirigé par Howard Ferguson a permis la vente de bière à faible teneur en alcool. La plateforme électorale victorieuse de Ferguson en 1926 incluait l'abrogation de la LTO. La prohibition a pris fin en 1927 après l'élection, et la Loi sur le contrôle des boissons alcoolisées a été adoptée, remplaçant la LTO. La Régie des alcools de l'Ontario a été créée pour faire appliquer la LCBA en contrôlant la vente d'alcool au public et en réglementant les lieux où les gens pouvaient boire. La Loi sur le contrôle des boissons alcoolisées de 1927 permettait la vente de boissons alcoolisées pour consommation individuelle, mais la consommation publique d'alcool fort restait illégale.
Par la suite, la Loi sur le contrôle des boissons alcoolisées de 1934 a permis la consommation publique, mais seulement dans les salles de boisson des hôtels où la bière était permise, et les salles à manger où la bière et le vin étaient permis avec les repas. La nouvelle loi de la Colombie-Britannique ne permettait initialement que la vente d'alcool dans des magasins d'alcools spéciaux. La consommation publique est restée illégale jusqu'en 1925, lorsque la loi sur la bière au verre a permis l'ouverture de salles de bière dans les hôtels. L'Alberta, après un plébiscite le 3 novembre 1923, a remplacé la prohibition en 1924 par la vente de bière, de vin et de spiritueux dans des magasins d'État, et des salles de bière autorisées vendant de la bière sous conditions strictes. La Saskatchewan a tenu un référendum le 16 juillet 1923 et a abrogé la prohibition en 1924, la remplaçant par la vente d'alcool par l'État. La Nouvelle-Écosse a abrogé sa loi en 1930 après un référendum du 31 octobre 1929.
| Province | Année d'abrogation | Système de remplacement clé | Date du référendum |
|---|---|---|---|
| Alberta | 1924 | Magasins d'État et salles de bière autorisées | 3 novembre 1923 |
| Saskatchewan | 1924 | Vente d'alcool par l'État | 16 juillet 1923 |
| Colombie-Britannique | Milieu des années 1920 | Magasins d'alcools (1925 : salles de bière légales) | |
| Ontario | 1927 | Régie des alcools de l'Ontario (LCBO) | 1924 (a confirmé la LTO) |
| Nouveau-Brunswick | 1927 | Contrôle gouvernemental | |
| Nouvelle-Écosse | 1930 | Abrogation suite au référendum de 1929 | 31 octobre 1929 |
| Île-du-Prince-Édouard | 1948 | Fin de la prohibition provinciale | |
| Manitoba | 1921 | Contrôle gouvernemental |
Peuples autochtones et lois discriminatoires
Les Premières Nations étaient soumises à des lois prohibitives sur l'alcool en vertu de la Loi sur les Indiens de 1876. Il s'agissait d'une tentative de la part du gouvernement canadien de faciliter l'assimilation, car pour qu'une personne autochtone possède de l'alcool, elle devait devenir citoyenne canadienne par l'émancipation, et pour être admissible à l'émancipation, les Autochtones devaient faire preuve de sobriété. Les lois reflétaient aussi une fausse croyance répandue parmi les Nord-Américains, selon laquelle les peuples autochtones étaient plus sujets à la dépendance à l'alcool, connue sous le nom de mythe de l'eau-de-feu. Les articles de la Loi sur les Indiens concernant l'alcool n'ont pas été abrogés pendant plus de cent ans, jusqu'en 1985. Cela contrastait fortement avec l'approche d'option locale appliquée aux communautés non autochtones.
Historiquement, les colonisateurs européens avaient utilisé l'alcool comme outil d'exploitation pendant la traite des fourrures, échangeant du rhum et du brandy contre des fourrures, ce qui a contribué à la dépendance et au désavantage économique dans certaines communautés. Ce régime juridique distinct reflétait et renforçait le contrôle colonial, contribuant à des traumatismes intergénérationnels durables au sein des communautés autochtones. Les lois étaient une tentative de faciliter l'assimilation en liant les droits de citoyenneté à la sobriété, une condition non imposée aux autres Canadiens. Les interdictions de la Loi sur les Indiens sont restées en vigueur longtemps après la fin des prohibitions provinciales.
Héritage durable et conflits réglementaires modernes
L'héritage de la prohibition continue de façonner le Canada moderne de manière directe et indirecte. Les régies provinciales des alcools établies dans les années 1920, comme la LCBO, restent des monopoles de vente au détail majeurs et des sources importantes de revenus gouvernementaux. Le cadre réglementaire créé après l'abrogation, comme la Loi sur le contrôle des boissons alcoolisées de l'Ontario de 1927 qui ne permettait initialement que la consommation à domicile, a évolué lentement. L'Ontario n'a permis la consommation publique que dans les salles de boisson des hôtels en 1934, et les salles à manger pouvaient servir de la bière et du vin avec les repas. De nombreuses communautés, particulièrement dans les régions rurales et religieusement conservatrices, ont maintenu la prohibition locale par des règlements municipaux secs longtemps après l'abrogation provinciale.
Le district de permis de Cardston, en Alberta, qui comprenait la ville et la campagne environnante, a tenu un vote d'option locale en 1902, et une majorité a voté en faveur de la prohibition. Cardston a voté pour maintenir la prohibition par plébiscite aussi récemment qu'en 2014. La prohibition a été abolie dans les derniers secteurs de prohibition en Alberta le 17 juin 2020, mais en vertu de la nouvelle législation provinciale, ces secteurs sont restés secs jusqu'à ce que leurs conseils respectifs adoptent des motions pour autoriser les détaillants d'alcool. Lors d'un sondage municipal de 2022 à Raymond, en Alberta, une majorité de 52 % des 885 répondants ont opté pour que la communauté reste sèche.
La Loi fédérale sur l'importation des boissons enivrantes, qui rendait illégal le transport interprovincial d'alcool, a persisté pendant des décennies. Elle a été partiellement assouplie en 2012 lorsque le projet de loi C-311, déposé par le député Dan Albas, a permis l'expédition interprovinciale de vin, sous réserve des lois provinciales. Cependant, d'importants obstacles au commerce interprovincial de la bière et des spiritueux subsistent, et les provinces ont ouvert leurs frontières de manière incohérente. Par exemple, l'Ontario et la Colombie-Britannique permettent le transport interprovincial de vin sur la personne jusqu'à une caisse, mais n'ont adopté aucune loi ou politique permettant l'expédition interprovinciale de vin. Les tensions commerciales internationales modernes font écho aux conflits économiques de l'ère de la prohibition.
En 2026, les États-Unis ont imposé des droits de douane supplémentaires, puis une interdiction d'importation sur certaines boissons alcoolisées canadiennes, invoquant des pratiques canadiennes discriminatoires qui ont entraîné une baisse de 63 % des exportations américaines de spiritueux. Une proclamation américaine datée d'août 2026 indiquait que le Canada avait interdit l'achat, la distribution ou la vente au détail de boissons alcoolisées américaines sans restreindre de la même manière les produits d'autres pays. En réponse, la province de la Saskatchewan a annoncé une taxe de rétorsion de 50 % sur les boissons alcoolisées américaines, effective en septembre 2026. Ces différends montrent comment la réglementation de l'alcool reste un point complexe de négociation intergouvernementale et internationale, une conséquence directe du système fragmenté et contrôlé né de l'abrogation de la prohibition.
Mémoire culturelle et évaluation historique
L'histoire de la prohibition au Canada est retenue comme un chapitre complexe de croisade morale, de conséquences imprévues et de changement institutionnel durable. Elle a démontré le pouvoir des mouvements sociaux à façonner la législation, mais aussi les limites de la loi à changer des habitudes sociales profondément ancrées. L'époque a inspiré des artefacts culturels comme la chanson Hello Montreal, qui célébrait le Québec comme une Mecque pour les Américains assoiffés pendant la prohibition américaine. Les historiens débattent des dates exactes de fin de la prohibition dans diverses provinces en raison de la nature graduelle de l'abrogation et de l'introduction de produits à faible teneur en alcool comme la bière légère non enivrante autorisée en Ontario en 1923.
Le consensus général, cependant, situe 1927 comme la fin de la prohibition en Ontario lorsque la LTO a été remplacée. La période a accéléré le déclin de l'ancienne culture du saloon et a conduit à l'environnement de consommation hautement réglementé et contrôlé par l'État qui définit encore aujourd'hui la vente d'alcool au Canada. Le patchwork historique de lois a créé une complexité réglementaire durable qui continue d'affecter le commerce, l'accès des consommateurs et les relations commerciales au 21e siècle. L'expérience de la prohibition a remodelé la relation entre l'État, le commerce et les habitudes personnelles, établissant un cadre de contrôle qui a survécu à l'interdiction elle-même.
La prohibition au Canada : questions fréquentes
Quand a eu lieu la prohibition au Canada ?
La prohibition au Canada n'a pas été un événement unique, mais une série d'interdictions qui se sont chevauchées. La première province, l'Île-du-Prince-Édouard, a instauré la prohibition en 1901. La plupart des autres provinces l'ont adoptée pendant la Première Guerre mondiale, entre 1914 et 1918. Le gouvernement fédéral a imposé une interdiction nationale comme mesure de guerre du 1er avril 1918 jusqu'en 1919, date à laquelle elle a expiré après la guerre. Les provinces ont abrogé leurs lois à des moments différents, principalement tout au long des années 1920, l'Île-du-Prince-Édouard étant la dernière à abroger en 1948. Certaines municipalités ont maintenu des règlements secs longtemps après l'abrogation provinciale.
Pourquoi la prohibition a-t-elle commencé au Canada ?
La prohibition a commencé en raison du puissant mouvement de tempérance, qui soutenait que la consommation d'alcool était responsable du crime, de la pauvreté, de la violence conjugale et du désordre social. Les groupes religieux, en particulier les confessions protestantes, étaient de fervents partisans. La Première Guerre mondiale a donné un coup de pouce décisif, car les partisans affirmaient qu'interdire l'alcool permettrait de conserver des ressources pour l'effort de guerre et de créer une société plus moralement droite digne des sacrifices des soldats. Certains dépeignaient aussi les bars comme des espaces antipatriotiques où les étrangers se rassemblaient. Le patriotisme pendant la guerre a aidé à réduire au silence de nombreux opposants, permettant l'adoption des lois sur la prohibition.
Comment la prohibition a-t-elle pris fin au Canada ?
La prohibition a pris fin province par province, généralement à la suite d'un référendum public. La frustration croissante du public face à la violation généralisée de la loi, l'expansion du crime organisé et le désir de recettes fiscales pour le gouvernement ont conduit à sa disparition. Entre 1921 et 1930, les provinces ont abrogé leurs interdictions et les ont remplacées par des systèmes de contrôle gouvernemental. Ces systèmes impliquaient la création de régies provinciales des alcools pour superviser les ventes, l'autorisation d'établissements spécifiques pour la consommation et la taxation de l'alcool. La dernière prohibition provinciale, à l'Île-du-Prince-Édouard, a pris fin en 1948. La fusion des grandes églises protestantes pour former l'Église unie a aussi modifié le soutien religieux à cette politique.
Qu'était la Loi Scott ?
La Loi sur la tempérance du Canada de 1878, communément appelée Loi Scott d'après son promoteur Sir Richard William Scott, était une loi fédérale qui permettait la prohibition locale à travers le Canada. Elle permettait à tout comté ou municipalité de tenir un référendum d'option locale. Si une majorité votait en faveur, la vente d'alcool pouvait être interdite dans cette juridiction. Cette loi a décentralisé la prohibition, conduisant à un patchwork de communautés sèches et humides pendant des décennies. Elle s'appuyait sur la Loi Dunkin antérieure de 1864 et contenait des exceptions, permettant la vente d'alcool à des fins médicales, sacramentelles et mécaniques.
Comment la prohibition a-t-elle affecté différemment les peuples autochtones ?
Les peuples autochtones étaient soumis à des lois distinctes et plus restrictives en vertu de la Loi sur les Indiens de 1876, qui rendait illégal pour tout Indien de posséder ou de consommer de l'alcool. Cette politique était fondée sur des stéréotypes racistes et était utilisée comme outil d'assimilation, liant la sobriété à l'admissibilité à la citoyenneté. Ces interdictions sont restées en vigueur pendant plus d'un siècle, longtemps après la fin des prohibitions provinciales, et n'ont été pleinement abrogées qu'en 1985. Cela contrastait avec le système d'option locale appliqué aux autres Canadiens et reflétait une politique coloniale de contrôle, contribuant à des préjudices importants et à des traumatismes intergénérationnels.
Existe-t-il encore des villes « sèches » au Canada aujourd'hui ?
Oui, certaines communautés au Canada ont encore des règlements municipaux de prohibition locale, souvent enracinés dans les dispositions d'option locale de l'ancienne Loi Scott. Il s'agit généralement de petites communautés rurales ou religieusement conservatrices. Par exemple, la ville de Cardston, en Alberta, et son district de permis environnant ont maintenu la prohibition par un plébiscite local tenu pour la première fois en 1902 et l'ont conservée jusqu'à l'ère moderne. Bien que les lois provinciales sur l'alcool permettent généralement les ventes, ces règlements municipaux peuvent restreindre ou interdire la vente d'alcool dans leurs limites, créant des zones sèches contemporaines qui sont un héritage direct de l'ère de la prohibition. En 2025, il existe aussi des communautés sèches dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut.
Sources et lectures complémentaires
- La prohibition au Canada (Wikipédia, en anglais)
- Canada's Boozy History (cranbrookhistorycentre.com)
- Prohibition on the Purchase of Residential Property by Non ... (cmhc-schl.gc.ca)
- Prohibition in Canada (thecanadianencyclopedia.ca)
Vérifié par la rédaction de Nosy Mag. Mise à jour le 2026-10-26.





